Vox populi

Par : Vincent Quénault

Mai 17

Catégorie: * CANNES 2009

2 Commentaires

À Cannes, depuis hier soir, la foule est en délire. Les projections respectives des derniers Bong Joon-Ho, Johnnie To et Brillante Mendoza ont suscités les plus vives réactions. Moqueries, joie intense, outrance, respect… toutes les sentiments sont bons à crier ! Le soleil est au beau fixe, les films de plus en plus intriguants, que demander de plus. Malgré les quatre heures de sommeil quotidiennes qui constituent mes nuits, je continue à assister aux fameuses scéances de 8h30 ! Au taquet ! Au tableau des déceptions, juste un petit bémol : loupé ce soir le dernier Guédiguian L’Armée du crime relégué dans la (trop) petite salle du 60e. Loupé également (mais volontairement cette fois-ci) Ne te retourne pas de Marina de Van qui a été méchamment conspué par la critique. Fort heureusement, on a pas manqué l’essentiel :

Samedi 16 Mai

22h00 – Projection de Mother de Bong Joon-Ho en salle Debussy / Un certain regard

Une veuve élève son fils unique, Do-joon qui est sa seule raison d’être. À 28 ans, il est loin d’être indépendant et sa naïveté le conduit à se comporter parfois bêtement et dangereusement, ce qui rend sa mère anxieuse. Un jour, une fille est retrouvée morte et Do-joon est accusé de ce meurtre. Afin de sauver son fils, sa mère remue ciel et terre mais l’avocat incompétent qu’elle a choisi ne lui apporte guère d’aide. La police classe très vite l’affaire. Comptant sur son seul instinct maternel, ne se fiant à personne, la mère part elle-même à la recher du meurtrier, prête à tout pour prouver l’innocence de son fils.

Hier soir fut une soirée mémorable. Je suis allé voir, accompagné de Jihwan – ami coréen, Mother – un film coréen, en la salle Debussy où s’était donnés rendez-vous tous les grands noms du cinéma – coréen cela va sans dire. Étants arrivés très à l’avance, nous étions placés juste devant l’équipe du film. Dans la salle, venus voir la dernière oeuvre du maître, étaient présents le cinéaste Lee Chang-Dong (juré de la compétition officielle), le cinéaste Park Chan-Wook (en compétition pour Thirst) et le comédien Song Kang-Ho (à l’affiche de Thirst). Bref, ce qui constitue le coeur du cinéma coréen contemporain était dans la salle et a ovationné comme il se doit le dernier film de son membre le plus émérité. Et si Mother n’est pas le meilleur film de son auteur, il aurait quand même largement mérité sa place en compétition officielle. Kim Hye-Ja, en mère enquêtrice et torturée, est parfaite et porte le film sur ses épaules. Le personnage se révèle tout à fait inédit et le film y gagne sérieusement en intérêt. À la différence de Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho joue d’une mise en scène extrêmement maîtrisée et se passe de toute séquence inutile. Loin de The Host, le discours social se retire dans l’ombre (on observera toutefois un acerbe portrait de la justice en Corée) pour se focaliser sur l’intimité d’un rôle. Qu’est ce qu’une mère ? Quelles sont ses limites et quels sont ses droits ? Nous avons bien là affaire à un film pudique et néanmoins efficace (autant sur l’aspect policier que sentimental). On en attendait pas moins du meilleur cinéaste coréen contemporain…

Dimanche 17 Mai

8h30 – Projection de Vengeance de Johnnie To au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_360302Un père vient à Hong-Kong pour venger sa fille, victime de tueurs à gages. Sur son passeport est marqué « cuisinier ». 20 ans plus tôt, il était tueur professionnel.

J’évoquais plus haut les réactions que suscitaient les films dans le public, et justement face à Vengeance elles ne furent pas très bonnes. Tout au long de la projection de presse, les ricanements émergaient de tous côtés pour peu que notre Johnny national ouvrait la bouche. J’avoue trouver ces moqueries plutôt injustifiées. Johnnie To est fidèle à lui même, ce film n’est certes pas son meilleur mais il reste très honorable. À mes yeux, la virtuosité de la mise en scène suffit à justifier la présence de Vengeance en compétition officielle. Aucun autre cinéaste ne filme l’action comme ne le fait Johnnie To. D’accord, il y a peut-être moins de poésie que d’habitude, mais s’il y a dérangement, cela vient surtout du choix de Johnny Hallyday pour incarner le rôle principal (fringué comme Delon dans Le Samouraï, en hommage à Melville). Certes, Johnny n’est pas le plus grand acteur du monde, mais je serai indulgent : à mes yeux il se défend plutôt bien en bon O.V.N.I. français dans un univers typiquement asiatique. Bref, la presse fait la fine bouche mais soyons honnête, très franchement on a vu pire…

11h30 – Projection de Agora de Alejandro Amenabar au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – hors-compétition

small_377375IVe siècle, Egypte sous Empire Romain – Les violents bouleversements religieux des rues d’Alexandrie atteignent la légendaire Bibliothèque de la ville. Piégée à l’intérieur de ces murs, la brillante astronome Hypatia tente de sauver la sagesse de l’Ancien Monde avec l’aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent son coeur : le privilégié spirituel Orestes, et Davus, le jeune esclave d’Hypatia, déchiré entre son amour secret pour elle et la liberté qui l’attend s’il choisit de rejoindre l’imparable montée des Chrétiens.

Un peplum réalisé par un espagnol, voila qui est original ! Mais après avoir passé le stade de la surprise, qu’en est-il ? Je ne suis pas un grand fan d’Amenabar, Les Autres ou même Mar Adentro m’ayant globalement laissés sur le carreau. Il en reste que je reconnais l’habileté de sa mise en scène. Malgré tout, il est à mes yeux de ces cinéastes qui réussissent plus les belles scènes que les beaux films. Agora en est une nouvelle preuve. Les décors impressionnent, la photo semble briller et l’histoire de base s’avère plutôt captivante. Alors… où est la tuile ? Car oui, il y a une tuile ! À la sortie de la projection, la foule était plutôt dubitative… à l’évidence le film avait besoin de murir. Mais un goût amer persiste. Le soucis est principalement scénaristique. Aux abonnés des guerres de religion, on trouve des égyptiens, des juifs et des chrétiens. Il est gentil Amenabar, il s’efforce de donner la parole à tout le monde ! Là où ça bloque, c’est qu’on finit par avoir fatalement un problème de point de vue. Les trois protagonnistes principaux sont séparés. Or, règle de tout peplum, pour être réussi le schéma doit être simple : d’un côté le bien, de l’autre le mal (c’est bête, mais c’est comme ça). Alors dans Agora finalement, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et ça ne marche pas. Impossible de prendre parti. Le coeur n’y est pas.  Dommage, il y avait du potentiel. Dans ce brouillard ambiant, reste le joli personnage incarné par Rachel Weisz et quelques jolies scènes tel le final, assez déchirant.

16h30 – Projection de Kinatay de Brillante Mendoza au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_376215Peping, un jeune étudiant en criminologie, est rectuté par son ancien camarade de classe, Abyong, pour travailler en tant qu’homme à tout faire au service d’un gang local de Manille. Cette activité lui permet de gagner de l’argent facilement pour faire vivre sa jeune fiancée, étudiante elle aussi, qu’il a décidé d’épouser. Mais pour ça, il lui faut encore plus d’argent. Abyong propose alors au jeune homme de s’engager dans une « mission spéciale », particulièrement bien rémunée.

On s’est extasié devant la sélection officielle de Cannes cette année, il n’y avait que des grands noms. En réalité, on avait mal lu ! En fouillant un peu, je me suis rendu compte que certains sont encore loins d’avoir fait leurs preuves. Je serai bref : que fait un film comme Kinatay en sélection officielle ?! Allez, en creusant profondément on peut sauver des trucs… ou plutôt UN truc : le regard documentaire de Mendoza sur son pays, les Philippines. A part ça… que dire… Kinatay nous a laissé de marbre (ce qui n’était pas le cas de Serbis que Mendoza avait également présenté à Cannes l’an dernier). Le film est laborieux au possible, adepte d’une caméra porté nauséeuse, d’une longueur affligeante et d’une violence gratuite. Un film d’auteur, ça ? Non, définitivement non, plutôt une imposture. Les festivaliers en ont été tellement offusqués qu’ils ont violemment hués le film en présence de son équipe. Mon coeur était avec le peuple, mais je me suis retenu de hurler pour me diriger rapidement vers la sortie à l’heure où à l’accoutumée, le public est sensé applaudir le créateur. En tout cas, en ce dimanche 17 mai ça s’est avéré officiel, il y avait bel et bien une tâche dans la liste de la sélection officielle du 62e festival de Cannes…

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2 commentaires sur “Vox populi”

  1. D’ailleurs To voulait Delon. Mais je préfère que ça soit Johnny, Delon (mon acteur préféré) refaisant le Delon d’il y a quarante ans, ça aurait été trop… trop quoi, alors qu’avec Johnny, c’est comme s’il se substituait, jouait un autre tout en conservant son statut d’icone, d’idole, c’est mieux ; le film m’intrigue et je vais le voir mardi en avt-1ère, ça ferait comme si j’étais un peu à Cannes. Un peu… Pas du tout en fait !
    Sinon j’ai lu que dans le Mendoza il y avait un très long plan-séquence dans une voiture qui se finit par une agression, un tabassage ; sur le papier, je me suis dit que ça devait être génial, c’est pas bien ça ?

  2. C’est affreux ! Et d’une laideur… Plus j’y pense, plus j’ai trouvé « Kinatay » mauvais. Non, vraiment… à éviter :p


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