Et vive l’éclectisme…

Par : Vincent Quénault

Mai 18

Catégorie: * CANNES 2009

1 Commentaire

Journée prolifique aujourd’hui avec pas moins de quatre films visionnés ! Et de genres TRÈS divers puisque le festival à choisit de présenter en bînome une comédie de Ken Loach et un film psychédélique signé Lars von Trier. Avant le début des réjouissances, je découvrais ce matin avec consternation la division de la presse en ce qui concerne le dernier Mendoza… J’en tombe des nues mais c’est ainsi, Sotinel du Monde, Leherper de Studio Ciné Live et Lalanne des Inrocks clament au chef d’oeuvre… Heureux de constater que d’autres ne sont pas de cet avis – merci entre autres à Marie Sauvion du Parisien ou encore Michel Ciment de Positif qui font pencher la balance de l’autre côté. Ceci dit, Cannes sans avis contraires, ce ne serait plus Cannes.. Evidemment ça participe au charme ambiant… mais franchement, le Mendoza… pfff… enfin bref… passons…

Lundi 18 Mai

8h30 – Projection de Looking for Eric de Ken Loach au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

Eric Bishop, postier à Manchester traverse une mauvaise passe. Sous son nez, ses deux beaux-fils excellent dans des petits trafics en tous genres, sa fille lui reproche de ne pas être à la hauteur, et sa vie sentimentale est un désert. Malgré la joyeuse amitié et la bonne humeur de ses collègues postiers qui font tout pour lui redonner le sourire, rien n’y fait… Un soir, Eric s’adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre, semble l’observer d’un oeil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ? Eric en est persuadé, le King Cantona peut l’aider à reprendre sa vie en mains.

Ken Loach est en grande forme et son film en témoigne. Looking for Eric, sans se départir de tout l’aspect social qui incombe au style de son auteur, s’avère être une excellente comédie. Le duo formé par Eric Cantona et Steve Evets fonctionne à merveille, les proverbes fendards du premier engageant les réactions délicieusement offusquées du second. L’auteur est bel et bien là, toujours soucieux quant à la conception de ses peintures sociales… mais allons bon, qui donc eut pu penser qu’il se tournerait un jour vers la comédie ? Et de la bonne comédie qui plus est ! En plus, je pourrai dire que Ken Loach est arrivé à m’intéresser au foot ! Oui monsieur ! Quel exploit ! (que d’exclamations…) Il le confirme, à 72 ans, Loach est toujours apte à nous surprendre. On gardera tout particulièrement en mémoire la scène finale où une armée cantonienne déboule dans une villa avec des pistolets à peinture… hilarant ! Par chance, le film sort en salles la semaine prochaine, courez-y sans hésiter.

11h30 – Projection de Antichrist de Lars von Trier au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_373124Un couple en deuil se retire à « Eden », un chalet isolé dans la forêt, où ils tentent de réparer leurs coeurs brisés et leur mariage en difficulté. Mais la nature reprend ses droits et les choses ne font qu’empirer.

Mon expérience face à cet Antichrist dont on parle tant dans les médias a été assez singulière. Et pour cause, la jeune femme assise à ma droite a fait un malaise dans les dernières minutes du film et a du être évacuée par les pompiers ! Moi qui pensait que les évanouissements dans les salles cannoises étaient légendaires, me voici bien remis à ma place ! Alors, le malaise était-il justifié ?… Oui, définitivement OUI. D’ordre général, je ne suis pas particulièrement choqué face à la violence au cinéma, mais là j’avoue qu’une étape a été franchie, j’en suis quand même venue à me cacher les yeux ! Antichrist est une véritable épreuve. Le prologue est d’une beauté sans nom, von Trier filmant la chute mortelle d’un enfant alors que ses deux parents forniquent dans la pièce d’à côté. Cinq minutes splendides, captivantes, où le temps s’arrête. Déjà un grand moment de cinéma… Sur ce, les chapitres défilent, von Trier filmant le deuil de cette mère (interprétée avec conviction et audace par Charlotte Gainsbourg), épaulée par son mari thérapeute (Willem Dafoe, très investi également), partant tous deux faire le vide dans une cabane perdue au fin fond de la forêt. Et c’est parti pour un tour de manège psychédélique où la défaillance mentale de la mère n’aura plus de limite. Son discours a beau être métaphysique, von Trier n’en reste pas moins minutieux. L’univers qu’il propose s’avère tout à fait plausible, et c’est en cela qu’il est effrayant. Antichrist est donc un film d’horreur dans la même veine que le Inland Empire de Lynch, il est donc de ces oeuvres rares aux dimensions psychédéliques qui parviennent à toucher l’inconscient. Nature et sexualité se mêlent pour les besoins d’une mise en scène trash. Le film est malade à la racine, ce qui explique qu’on en sorte à la fois écoeuré et fasciné. Nul doute que son auteur l’ait voulu détestable. J’admire von Trier, sa rigueur, son audace, son génie… mais aller dire que j’ai aimé son film relèverait d’une confession masochiste pure et simple. Je n’en suis pas là, j’en suis plutôt à m’en remettre, et j’en ai encore au moins pour cinq ans. Parallèlement, je ne m’étonnerai guère de la présence du film au palmarès. Il est à mes yeux le second après Un prophète à sérieusement concourir pour la palme. Reste à savoir si Huppert, sous ses airs sages, a le goût de la polémique.

14h00 – Projection de Independencia de Raya Martin en Salle Debussy / Un certain regard

small_377761Philippines, début du 20e siècle. Les premiers retentissements de la guerre annoncent l’arrivée des troupes américaines. Une mère et son fils décident de fuir vers la montagne à la recherche d’une vie plus sûre. Un jour, au milieu de la forêt, le fils découvre le corps gisant d’une femme abusée qu’il décide de ramener dans leur abri. Les années passent. Le fils devenu homme, la femme et son enfant vivent isolés, reculés du chaos ravageant le paus. Mais un orage soudain bouleverse leurs existences pendant que les troupes américaines approchent.

Alors même que je visionnais Independencia j’ai réalisé que j’étais assez taré. Moins de vingt-quatre heures après Kinatay, comment ai-je pu m’en retourner si vite vers le cinéma philippin ? Bon, relativisons, le film de Martin est moins minable que celui de Mendoza. Le cinéaste (à peine 24 ans) expérimente, tourne autour de son sujet, sans jamais trop s’y investir. L’image constitue le point fort de son film (très beau noir et blanc, parti pris d’un mouvement d’environ 15 images par secondes donnant un effet sympa de ralenti), gageant au final d’une esthétique qui fait penser à un mix bizarre, comme si les documentaires tardifs de Flaherty prenaient des airs des films d’aventures de Frank Lloyd. Il en reste qu’Independencia est relégué d’office dans le tiroir des « films pour festivals » ; vous savez, ces films qui ne sont pas faits pour les spectateurs mais pour la très haute intelligentsia cinématographique… On va donc très humblement le mettre de côté et y repenser quand on aura un moment. Merci bien. On vous rappellera.

16h30 – Projection de Irène d’Alain Cavalier en salle Debussy / Un certain regard

small_374921Irène et le cinéaste. Relation forte et en même temps pleine d’ombres. Irène disparaît. Reste un journal intime retrouvé des années après. Une fraîcheur. Une attirance. Un danger. Comment faire un film ?

Il vaut mieux connaître Cavalier avant de se lancer dans le cinéma qu’il fait actuellement. Par chance, j’ai vu La Chamade et Le Filmeur qui constituent les deux références principales d’Irène. En effet avec Le Filmeur, Cavalier tournait une page de son oeuvre. L’homme-auteur et son objet-caméra, diptyque désormais inséparable, histoire d’amour imagée et véritable. Un seul mot d’ordre : sincérité. Le film s’inscrit dans cette optique. Irène, c’est le nom d’une amie disparue il y a des années de cela. Le deuil perdure, bien des années après. Le cinéaste filme comme il voit et pense ouvertement sur ses images en jouant d’une prose plus littéralement envoutante. L’histoire plonge dans les méandres de la mémoire. Le cinéaste s’addresse à nous, se confie. Sagement, on écoute. Cavalier est de ces gens qui ne font plus des films. Désormais, il paufine son grand oeuvre. Une seule envie, lui témoigner notre respect.

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Un commentaire sur “Et vive l’éclectisme…”

  1. Un malaise carrément ! Tu as du flipper, non ? Pas étonnant qu’il te faudra 5 ans pour t’en remettre ! Du coup, Antichrist m’intéresse un peu plus.
    Néanmoins, je n’y crois pas pour la Palme, les films polémiques sont quand même rarement palmés.


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