Des latinos sur la croisette…

Par : Vincent Quénault

Mai 19

Catégorie: * CANNES 2009

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Arrivé au palais des festivals ce matin vers 10h30, je remarque que la foule cherche déjà des places pour le film-évènement du lendemain, soit le Inglorious Basterds de Tarantino (ce même Tarantino qui était assis près de moi à la séance d’Etreintes brisées, oui monsieur…). Personnellement je serais plus désireux de choper des invitations pour le Resnais, mais a priori je suis le seul (ou presque) ! Pour l’heure, en ce mardi qui fait le pont entre la journée von Trier (dont les critiques d’Antichrist, excepté pour les Cahiers, sont excécrables) et la journée Tarantino, le festival dévoile ses deux films « latino » : Vincere de Marco Bellocchio et Étreintes brisées de Pedro Almodovar.

Mardi 19 Mai

12h00 – Projection de Vincere de Marco Bellocchio au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

Dans la vie de Mussolini, il y a un lourd secret que l’histoire officielle ne raconte pas ; une femme, Ida Dalser, et un enfant, Benito Albino conçu, reconnu puis désavoué. Ida rencontre Mussolini de manière fugace à Trente et en est éblouie. Elle le retrouve à Milan où il est un ardent militant socialiste qui harangue les foules et dirige le quotidien l’Avanti. Ida croit en lui, en ses idées. Pour l’aider à financer le Popolo d’Italia, point de départ du futur parti fasciste, elle vend tous ses biens. Lorsque la guerre éclate, Benito Mussolini s’engage et disparaît de la vie de la jeune maman, qui découvrira avec stupeur qu’il est déjà marié avec une autre femme. Ida n’aura dès lors de cesse de revendiquer sa qualité d’épouse légitime et de mère du fils aîné de Mussolini, mais sera systématiquement éloignée de force et son enfant mis dans un institut. Pourtant, elle ne se rendra jamais et ne cessera de revendiquer haut et fort sa vérité.

Lorsque j’ai découvert la liste des sélectionnés de l’année, un seul titre me fit faire une grimace : ce Vincere signé Marco Bellocchio. En effet, je ne suis guère friand de cinéma italien. Et pour cause, à l’exception de La Chambre du fils, palme d’or remportée par Nanni Moretti (en 2001 si ma mémoire est bonne), chaque fois que l’Italie se présente à Cannes, c’est pour traiter d’un sujet ouvertement politique. Vincere ne fera pas exception. Pourtant, le film s’avère être une bonne surprise. Bellocchio en fait un mélodrame sombre porté par une actrice surprenante (Giovanna Mezzogiorno). L’élégance magistrale qui émerge de Vincere doit beaucoup a une mise en scène très inspirée sur laquelle s’appose une musique superbe signée Carlo Crivelli. On pourra lui reprocher d’être trop long (comme beaucoup d’autres films de la sélection), il en reste que le film dispose d’un intérêt croissant tout au long de son développement. On ressent à la sortie une magnifique impression d’équilibre qui atteste du talent de Marco Bellocchio. Vraiment, Vincere est une très agréable surprise. On ne s’étonnera pas de le retrouver au palmarès pour un prix d’interprétation, ou de scénario, ou de mise en scène…

15h00 – Projection de Los Abrazos Rotos (Étreintes brisées) de Pedro Almodovar au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_371938Dans l’obscurité, un homme écrit, vit et aime. Quatorze ans auparavant, il a eu un violent accident de voiture dans l’île de Lanzarote. Dans l’accident, il a non seulement perdu la vue mais aussi Lena, la femme de sa vie. Cet homme utilise deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son nom de baptême, sous lequel il vit et signe les films qu’il réalise. Après l’accident, Mateo Blanco n’est plus que son pseudonyme, Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus faire de films, il s’impose de survivre avec l’idée que Mateo Blanco est mort à Lanzarote aux côtés de sa Lena adorée.

Comme à l’accoutumée, j’attendais le tout dernier film d’Almodovar comme le messie. Étreintes brisées est finalement un étrange objet qui constitue un trait d’union entre Femmes au bord de la crise de nerfs (dont il retourne une scène complète) et La Mauvaise éducation (qui traitait déjà du cinéma). En soi, le film devient donc mixte alors que le Pedro a pour habitude de traiter soit des hommes, soit des femmes. La combinaison semble naturelle si tant est qu’elle parle de cinéma, d’amour, de cachotteries, de talons aiguilles… bref, à voir deux ou trois plans, on comprend chez qui on met les pieds. Cela dit, cette mixité fait émerger une atmosphère assez nouvelle dans son oeuvre. Et si l’histoire ne semble pas si originale que ça (après tout, nous avons bien là affaire à un adultère, rien de plus), la façon dont Almodovar la traite scénaristiquement et la met en scène inspire le plus profond respect. À chaque film, j’en suis encore plus persuadé, le cinéaste espagnol est bien l’un des grands de ce siècle, reprenant les racines profondes du cinéma pour les remanier à sa sauce avec brillo (on assiste entre autres ici à plusieurs scènes de resynchronisation en direct). Étreintes brisées rappelle également que le cinéaste a fait bien du chemin depuis le temps de ses premiers films. Peut-être celui-ci est-il moins bien que Volver, il en reste que si un cinéaste de la fameuse liste des sélectionnés mérite une palme, c’est bien Pedro Almodovar. Cette année sera t-elle la bonne ?… ça se pourrait…

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