Une mémoire à l’épreuve…

Par : Vincent Quénault

Mai 22

Catégorie: * CANNES 2009

4 Commentaires

Voila, il fallait bien que ça arrive… j’ai pris du retard ! Que voulez-vous, arrive un moment où les films prennent le pas sur l’écriture. Sans compter que, depuis jeudi, un air de « fin de festival » s’est abattu sur Cannes, cause directe de l’effet post-Tarantino. Le ciel s’alourdit, les films puremment auteuristes passent un peu moins bien, quelques connaissances s’en vont déjà… oui, ça sent vraiment la fin. Mais ressaisissons-nous, à l’heure qu’il est, encore deux films en compétition n’ont pas été dévoilés. En attendant, donc, de découvrir Visage de Tsai Ming-liang et Map of the sounds of Tokyo d’Isabel Coixet (qui dévraient également être chroniqués en retard sur ses pages), voici quelques mots sur les six derniers films visionnés…

Mercredi 20 Mai

23h30 – Projection de Drag me to hell (Juqu’en enfer) de Sam Raimi au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – séance de minuit

Le réalisateur Sam Raimi revient au film d’horreur avec Jusqu’en Enfer, un conte sur la quête désespérée d’une jeune femme cherchant à échapper à une malédiction du diable. Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son charmant petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar. Hantée par un esprit malfaisant, incomprise de son petit ami, elle se fait aider du medium Rham Jas, qui l’entraine dans une course frénétique contre la damnation éternelle, pour inverser le sortilège. Tandis que les forces du mal se rapprochent de leur but, Christine doit affronter l’impensable : jusqu’où devra-t-elle aller pour se libérer de la malédiction ?

Que dire sinon que voir ce film m’aura fait le plus grand bien. Oui, à Cannes les films d’horreur sont programmés pour détendre l’atmosphère (c’est véridique). À mille lieux des auteurs concourrants pour la palme, Sam Raimi se contente de nous faire passer un excellent moment. Drag me to hell est on-ne-peut-plus efficace et n’apporte rien de moins que ce qu’on lui demande : nous faire frémir ! Certes, l’histoire est conventionnelle, hollywoodienne au possible, bourrée de stéréotypes parfois grotesques. Il en reste que Raimi y appose sa signature : en l’occurence, cet effet « cartoon » qui constitue la ligne directrice de ses mises en scène. On peut se demander ce que Drag me to hell fait ici, au festival de Cannes (et en sélection officielle qui-plus-est), tant son style diverge de toutes les autres productions qu’on peut y voir. Moi, en tout cas, je n’ai pas boudé mon plaisir !

Jeudi 21 Mai

18h30 – Projection de À l’origine de Xavier Giannoli au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_371920D’après l’histoire vraie d’un petit escroc qui a construit une autoroute.

Xavier Giannoli est un auteur tout à fait intéressant, en témoigne son film précédent Quand j’étais chanteur (également en sélection à Cannes) qui sous ses airs simples avait su faire passer pas mal d’émotions. L’arrière-plan reste peu ou prou le même dans À l’origine, conséquence de l’obstination du réalisateur à vouloir peindre la vie grise des « petites gens ». Rajoutons à cela une certaine sobriété dans le découpage, un montage plutôt énergique, une caméra au plus près des personnages, et vous obtenez tout ce qui fait l’intérêt du cinéma de Xavier Giannoli. Ici, il nous propose une histoire assez folle et plutôt enthousiasmante, soit l’aventure d’un escroc qui s’improvise chef de chantier. Malheureusement, le traitement s’avère on-ne-peut-plus laborieux, nous obligeant à donner à Giannoli la palme du film le plus inachevé de la compétition. L’histoire traîne en longueur (2h30 qui pourraient facilement être ramenées à 1h50) et rate fatalement son coup sur nombre de tentatives (en premier lieu, l’histoire d’amour). Le filme est également effrayant en ce qu’il prouve qu’un acteur peut à lui seul vider tout un film de sa substance. Cluzet est mauvais comme un cochon et prouve (de nouveau) qu’il est le comédien français le plus surestimé de la profession. Une seule expression sur 2H30 et certains osent encore applaudir son nom au générique (!) En résulte une impression de fausse bonne-idée et un film résolumment imparfait, tout juste bon pour passer à la télé.

22h00 – Projection de Das Weisse Band (Le Ruban blanc) de Michael Haneke au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_378359Un village de l’Allemagne du Nord protestante. 1913/1914. A la veille de la première guerre mondiale. L’histoire des enfants et adolescents d’une chorale dirigée par l’instituteur du village, leurs familles : le baron, le régisseur, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans. D’étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?

C’est un fait, Michael Haneke ne fera jamais l’unanimité à Cannes. Le bonhomme est toujours là où on ne l’attend pas. Preuve à l’appui : ce Ruban blanc, histoire à la Clouzot sous perfusion bergmanienne. 2h30, c’est très long (surtout lorsqu’on l’enchaîne juste derrière le Giannoli), d’autant plus qu’Haneke aime à ralentir les choses. Rajoutons que le film est en noir et blanc, ce qui constitue une ombre de plus à ce tableau fièrement estampillé « film d’auteur » et qui n’attirera probablèment pas grand monde lors de sa sortie en salle. Il en reste que l’austérité du film n’a d’égal que sa beauté. Le Ruban blanc fascine de bout en bout ; il en va de son intrigue, de la rigueur de la mise en scène, mais surtout de la façon qu’a Michael Haneke de traiter l’Histoire avec un grand H. Le film traite des origines du nazisme, accusant la rigidité de l’éducation protestante en contradiction totale avec les agissements des adultes. En résulte une jeunesse meurtrie, harcelée, handicapée. Prémices d’une génération de désaxés. Nous sommes bien dans le territoire d’Haneke, auteur de La Pianiste, de Funny Games et de Caché. La violence est bien là, dissimulée derrière les conventions, justifiée par une certaine morale, puis crachée au visage du premier venu (on retiendra notamment la scène de rupture entre le docteur et sa maîtresse). Reste pour Haneke à apposer de ci de là quelques scènes philosophico-poétiques manière de nous en mettre plein la vue (on en finit par oublier que Bergman le fit avant lui) et le tour est joué. Certes, Le Ruban blanc est un film difficile, il demeure toutefois l’un des plus aboutis et des plus passionnants de la sélection.

Vendredi 22 Mai

8h30 – Projection de The Imaginarium of Doctor Parnassus (L’Imaginarium du Docteur Parnassus) de Terry Gilliam au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – hors compétition

small_374033L’Imaginarium du Docteur Parnassus est un conte fantastique et contemporain. Avec sa troupe de théâtre ambulant, « l’Imaginarium », le Docteur Parnassus offre au public l’opportunité unique d’entrer dans leur univers d’imaginations et de merveilles en passant à travers un miroir magique. Mais le Dr Parnassus cache un terrible secret. Mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l’immortalité. Plus tard, rencontrant enfin l’amour, le Docteur Parnassus traite de nouveau avec le diable et échange son immortalité contre la jeunesse. A une condition : le jour où sa fille aura seize ans, elle deviendra la propriété de Mr Nick. Maintenant, il est l’heure de payer le prix… Pour sauver sa fille, il se lance dans une course contre le temps, entraînant avec lui une ribambelle de personnages extraordinaires, avec la ferme intention de réparer ses erreurs du passé une bonne fois pour toutes…

Il y aurait de quoi engueuler Terry Gilliam. Ce matin, j’ai su que c’était lui-même qui avait demandé à concourir hors-compétition. Or, son film est sans nul doute l’un des plus brillants qui ait été montré à Cannes cette année. Ses aventures monthy-pitonnesques mises à part, je n’ai jamais été très admiratif du travail de Gilliam. Je reconnais bien entendu la signature de l’auteur, pour autant ses films ne m’ont jamais vraiment emballé ; la faute à des scénarii généralement trop imprécis. Dans Parnassus résulte un effet de simplicité (l’idée initiale est à la fois limpide et géniale) jonchée d’une impression – finalement agréable – de rafistolage (la faute sans doute à la panique provoquée par le décès d’Heath Ledger). Du tout émerge une sensation rare, celle d’entrer dans le film au même rythme que les personnages qui s’y meuvent. Cette histoire, aussi fantasque soit-elle, est merveilleusement touchante. Gilliam traite de l’imaginaire avec beaucoup plus d’élégance et d’humilité qu’il ne le faisait dans Les Frères Grimm ou Tideland. Nous sommes de l’autre côté du miroir ; la proximité avec le spectateur se concrétise là où par le passé elle fut souvent trop absente. Le pari est ici réussi puisqu’on se sent véritablement concerné par le sujet du film. Les personnages vivent un rêve, bien qu’éveillés nous faisons de même. Et quel rêve ! Ici émerge l’hommage à un cinéma, celui de l’imaginaire, celui dont Méliès fut le pionnier. La barrière est tombée entre le spectateur et l’écran. Quelle formidable sensation ! Vraiment, Parnassus aurait dû figurer en compétition, il aurait eu droit à tous les honneurs.

11h30 – Projection de The Time that remains de Elia Suleiman au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_371877THE TIME THAT REMAINS est un film en partie autobiographique, en quatre chapitres, sur une famille, ma famille, de 1948 à nos jours. Ce film s’inspire des notes de mon père écrites alors que Nazareth est envahi par l’armée d’Israël en 1948, et des lettres de ma mère aux membres de la famille qui ont dû quitter le pays. Mêlant mes propres souvenirs aux leurs, le film dresse un portrait de la vie quotidienne de ces Palestiniens qui sont restés sur leurs terres natales et qu’on nomme « Arabes-Israéliens », vivant comme une minorité dans leur propre pays.

Ainsi projeté en fin de parcours, la fatigue n’arrangeant rien, le film de Suleiman est passé quelque peu inaperçu. Certes, la manière dont il traite de l’histoire de son pays est originale (on peut parler d' »autobiographie burlesque »). Il en reste que nous stagnons trop souvent en surface et qu’à l’exception de quelques rares moments d’émotions, le film peine à convaincre. La faute à une esthétique quelque peu démodée, propre à un cinéma auteuriste assez imbu de lui-même. Pour sûr, dans quelques semaines, il fera partie de ces films cannois qu’on aura oublié.

14h30 – Projection de Enter the void (Soudain le vide) de Gaspar Noé au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_371882Oscar et sa soeur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boîte de nuit. Un soir, lors d’une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu’il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa soeur de ne jamais l’abandonner, refuse de quitter le monde des vivants. Son esprit erre alors dans la ville et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire.

Il y avait déjà dans Irréversible toute l’ambiguïté du personnage Noé. L’auteur s’appliquait alors à souligner puis balayer la crasse qui recouvrait les hommes pour ensuite les élever à l’état de pureté – voire de sainteté – (en l’occurence il s’agissait des personnages de Vincent Cassel et de Monica Belucci). L’histoire et la façon inversée dont elle était racontée apportait une réflexion profonde sur la destinée et la cruauté du hasard. Enter the void n’a pas la même intrigue mais traite des mêmes thèmes. Noé reste fidèle à sa caméra mobile, subjective ou omnisciente, tel un oeil divin maître du hasard. Passant à travers les murs, au dessus des têtes, et même à l’intérieur des corps, la caméra n’a plus de limites et les hommes plus de secrets. Noé poète et analyste, son film part dans tous les sens et demeure d’une indiscible beauté (d’autres parleront de ridicule – le film ayant été généreusement hué). Certes, on accusera plusieurs longueurs assez éprouvantes, il en reste que cette histoire (d’amour finalement) fascine. Je ne vous cacherais pas que je suis encore en train d’en faire le tour et que beaucoup de thèmes m’auront sans doute échappé. Enter the void doit décanter. Par conséquent, je m’arrête là pour ce qui est de cette (trop) brève impression à chaud.

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4 commentaires sur “Une mémoire à l’épreuve…”

  1. Ah j’en étais sûr que le Gilliam (dont je n’ai jamais vraiment aimé les précédents films) serait bon. Comment est Ledger dedans ? Et Jude Law ?
    Pour Cluzet, je suis étonné, moi je l’aime beaucoup ; et pour Suleiman, ça ne m’étonne pas.

  2. Ledger est très bon dans le Gilliam et son interprétation ne souffre pas de la présence des autres (même si, il faut l’avouer, d’un seul battement de sourcil Johnny Depp écrase tout le monde –> même Jude Law).

  3. Tssss, Johnny Depp n’est pas de taille face à Jude Law !

  4. Question de point de vue :p


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