En somnambule

Par : Vincent Quénault

Mai 24

Catégorie: * CANNES 2009

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Cannes s’achève. Depuis vendredi, les invitations qu’on avait tant de mal à obtenir en début de festival sont devenues très/trop facilement accessibles pour les derniers films de la compétition. Finalement tant mieux car je n’avais plus trop la force de me battre pour les obtenir… mais en contrepartie c’est dans un esprit plutôt blasé que je suis entré dans le Grand Théâtre Lumière samedi matin pour enchaîner Visage de Tsai Ming-Liang et Map of the sounds of Tokyo d’Isabel Coixet. Je m’en veux encore, mais que voulez-vous… la fatigue avait le pris le pas sur tout le reste. 909 kilomètres et une très bonne nuit de sommeil plus tard, voici mon compte rendu :

Samedi 23 Mai

8h30 – Projection de Visage de Tsai Ming-Liang au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

Un réalisateur taïwanais tourne l’histoire du mythe de Salomé au musée du Louvre. Bien qu’il ne sache ni l’anglais ni le français, il tient absolument à confier le rôle du roi Hérode au comédien Jean-Pierre Léaud. Pour donner à ce film quelque chance de box office, la production confie le rôle de Salomé à une top-modèle de renommée internationale. Mais dès le début du tournage, les problèmes s’accumulent… Dans la confusion générale, le réalisateur apprend brutalement la mort de sa mère. La productrice doit s’envoler pour Taipei afin de se rendre aux obsèques. Mais le réalisateur sombre dans un profond sommeil où l’esprit de sa mère semble ne pas vouloir quitter le vieil appartement. La productrice n’a d’autre choix que d’attendre, perdue dans une ville étrangère. Comme après un très long voyage, le tournage reprendra après que chacun se soit égaré dans les sous-sols du Louvre.

De toute évidence, dévoiler ce film en toute fin de festival n’était pas une bonne idée. Visage requiert la plus vive présence d’esprit, or j’étais loin d’être dans cet état lors de sa projection. En résultait à la sortie une vive impression d’être passé à côté de quelque chose d’important. Ceci dit, à la différence de beaucoup je n’ai pas dormi pendant la séance, et aujourd’hui je me rend compte que pas mal d’images me sont restées en tête. Comme son nom l’indique, Visage fait défiler des visages. Ceux de la nouvelle vague en l’occurrence : de Fanny Ardant et de Jean-Pierre Léaud dont le cinéaste cherche à creuser les expressions figées dans le temps. Tsai Ming-Liang interroge l’image et les matières, le son et ses dérivés. Finalement l’histoire n’est que prétexte à servir la mise en scène. Est-ce un défaut si tant est que la position est fièrement assumée ? Le malaisien serait-il de ces auteurs aptes à rendre un film envoûtant sans avoir besoin de recourir aux préceptes classiques de la narration  ? Il semblerait que oui. Un baiser éclairé à la bougie, une actrice qui recouvre son reflet de ruban adhésif, l’ombre d’une caméra se dessinant dans un souterrain, du coulis de tomate sur une baignoire recouverte de plastique, une femme perdant sa chaussure dans la neige, une autre qui coince sa robe dans un escalier, un dégât des eaux, un homme qui se regarde vieillir dans la glace… Visage propose des images qui restent en mémoire. Reste à évoquer Lætitia Casta, particulièrement délicieuse, employée dans de magnifiques scènes chantées à contre-courant. Oui, à la réflexion, Visage est peut-être incohérent mais certainement important. A revoir.

12h00 – Projection de Map of the sounds of Tokyo (Carte des sons de Tokyo) d’Isabel Coixet au Grand Théâtre Lumière / Sélection officielle – en compétition

small_371998Ryu est une fille solitaire, son air fragile contraste avec la double vie qu’elle mène: la nuit elle travaille dans une halle à marées à Tokyo et occasionnellement elle est recrutée comme tueuse à gages. Monsieur Nagara est un entrepreneur puissant, affligé par la mort de sa fille Midori qui s’est suicidée. Il rend responsable de ce suicide David, un homme d’origine espagnole qui tient un commerce de vins à Tokyo. Ishida, un employé de monsieur Nagara qui aimait Midori en silence, engage Ryu pour tuer David… Un ingénieur du son, obsédé par les bruits de la ville japonaise et fasciné par Ryu, est le témoin muet de cette histoire d’amour qui s’infiltre dans les ombres de l’âme humaine là où seul le silence est éloquent.

La compétition se termine sur une histoire (plutôt) d’amour sans grande substance. Coixet (qu’on ne connaissant pas vraiment), fait preuve d’une mise en scène assez conventionnelle, cherchant en permanence à capter l’essence visuelle et sonore de la ville de Tokyo mais sans y parvenir vraiment. Rajoutons que la narration est on-ne-peut-plus classique et les personnages assez caricaturaux, voire mièvres. Bref, un film sans grand intérêt, déjà vu mille fois, qui à la différence de Visage, m’est presque entièrement sorti de la tête moins de 24 heures après sa projection…

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