TOUS EN SCÈNE de Vincente MINNELLI (1953)

Plus de deux mois sans nouvelles… j’avoue qu’il y aurait de quoi avoir honte. Non mais quel toupet de se pointer sans prévenir au beau milieu des vacances d’été ! Et sans excuse qui plus est ! Que voulez-vous… c’est comme ça, chez moi l’envie d’écrire, ça va, ça vient. En l’occurrence, ma soif de plume s’est réveillée au beau milieu d’un voyage en train, alors que Tous en scène se terminait sur ces mots : « the world is a stage, the stage is a world of entertainment »…

Oui, on ne le répètera jamais assez : le monde est une scène, et la scène est un monde de divertissement ! C’est ce que clame haut et fort ce film qui revient aux racines de son genre (la comédie musicale) et en fait son sujet. On ne s’étonnera donc pas de voir Tous en scène en face à face dans le cœur des cinéphiles avec le cultissime Singin’ in the rain. Les deux films ont peu ou prou la même histoire, soit comment monter une comédie musicale sur pied. Ceci dit, le film de Stanley Donen et Gene Kelly se déroule à Hollywood alors que Minnelli s’en tient à New York et aux feux de Broadway. Si une vraie comparaison était à faire, on se contenterait de souligner la simplicité dont est empreint Tous en scène, le film ne prétendant rien de plus qu’à être efficace (à l’image de celle montée dans le film par le personnage de Fred Astaire). Il se trouve que par chance, c’est Vincente Minnelli qui est aux commandes. Et devinez quoi… il signe pour l’occasion son film le plus abouti !

On ne se voilera pas la face, le scénario de Tous en scène est classique à souhait : de ce point de vue, rien ne laissait présager une réussite. En revanche, les passages dansés sont parfaits en tout points. Nul n’est besoin de pousser la chansonnette pour nous clouer sur place : le numéro « Dancing in the dark » où Cyd Charisse et Fred Astaire dansent dans un coin isolé de Central Park l’illustre à merveille. Minnelli est certainement le seul à pouvoir pousser ce genre de scène à leur paroxysme. Les corps s’animent et parlent ; les mots ne servent plus à rien (dans Un américain à Paris, la séquence où Leslie Caron et Gene Kelly dansent sur les bords de Seine est tout aussi éloquente). Mais plus fort encore est le ballet final ! Car il est de tradition dans les comédies musicales hollywoodiennes de terminer sur un long passage dansé. L’occasion pour les metteurs en scène et leur chorégraphe de laisser divaguer leur esprit. Dans Un américain à Paris, aussi élégantes soient-elles, les tribulations de Gene Kelly dans un Paris fantasmé à la Toulouse-Lautrec brisaient quelque peu le rythme du film. Pour Tous en scène, Minnelli nous offre un pastiche de film de gangsters intitulé « Girl Hunt, a murder mystery in jazz ». La preuve indiscutable du talent de cinéaste (et au passage de son chorégraphe, Michael Kidd) se trouve là : imbrication parfaite des danseurs au sein du cadre dessiné par de très subtils mouvements de caméra. Le résultat est on-ne-peut-plus réjouissant.

Oui, Tous en scène et Chantons sous la pluie sont certainement ce qu’Hollywood a su produire de mieux en matière de comédie musicale dans les années 50. Et si l’on a pu dire plus haut que l’intrigue du film de Minnelli n’était pas d’un intérêt grandiloquent, notons qu’il aborde toutefois le thème de la vieillesse dans le milieu du show-biz (recyclage d’un Fred Astaire, éternelle icône sortie de Top Hat) tout en lâchant une petite critique concernant les auteurs de théâtre un peu trop avant-gardistes. Et cerise sur le gâteau : le film est drôle à souhait ! On retiendra tout particulièrement les manigances du personnage campé par Jack Buchanan, metteur en scène exubérant au possible voulant à tout prix adapter Faust en comédie musicale. Bref, force est de constater que Tous en scène est finalement de ces films idéaux qui, sans se prendre la tête, arrivent à vous en mettre plein la vue. Un délice !

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tousenscene THE BAND WAGON (USA, 1953) R. : Vincente Minnelli ; Sc. : Betty Comden, Adolph Green ; Ph. : Harry Jackson ; M. : Arthur Schwartz ; Ch. : Michael Kidd ; Int. : Fred Astaire (Tony Hunter), Cyd Charisse (Gabrielle Gerard), Oscar Levant (Lester Marton), Nanette Fabray (Lily Marton), Jack Buchanan (Jeffrey Cordova). Couleurs, 112mn.

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Un commentaire sur “TOUS EN SCÈNE de Vincente MINNELLI (1953)”

  1. D’accord sur tout. Il faudrait analyser la séquence « Dancing in the dark » du point de vue des mouvements de caméra : trois plans seulement donnant cette impression de fluidité, avec un premier recadrage qui dynamite la séquence et le dernier qui prépare la sortie des danseurs. L’utilisation de l’espace que la caméra ne découvre qu’en suivant l’évolution des danseurs. Ce sont eux qui ouvrent l’espace.
    A opposer à la dernière séquence, Girl Hunt, plus de 50 plans, extrèmement dynamique.


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