THE BOX de Richard KELLY (2009)

On espérait ne pas se tromper en qualifiant Richard Kelly de jeune surdoué. C’était il y a quelques années déjà. Donnie Darko sortait en salles et témoignait d’une audace de mise en scène et de narration particulièrement bluffante. Comme toujours avec les réalisateurs de cette envergure, on attend beaucoup du deuxième film, celui dit « de la confirmation ». Malheureusement, Southland Tales, présenté en compétition officielle à Cannes en 2006 n’aura pas le même impact. Le film peut se décrire comme un fantasme futuriste complètement mégalo, certes non dénué de talent, mais bien trop déjanté aux yeux des distributeurs français qui n’ont jamais pris le risque de le montrer en salles. C’est donc avec un certain retard que Richard Kelly nous présente avec son troisième film, ce qui sera bel et bien son œuvre « de confirmation ». The Box rappelle très vite pourquoi on avait aimé Donnie Darko. Après visionnage, nous pouvons sans précédent monter en grade le réalisateur. Richard Kelly est désormais un « cinéaste ».

Comme pour Donnie Darko, le postulat de base est plutôt mince. Kelly s’inspire d’une nouvelle fantastique de Richard Matheson puis s’en échappe pour laisser libre cours aux plus fantasques divagations scénaristiques. Un homme mystérieux (campé par un très bon Frank Langella) vient frapper à la porte d’une famille modeste. Il propose au couple de parents d’appuyer sur un bouton jonché sur une boite vide, suite à quoi se produiront deux évènements. Premièrement : quelque part dans le monde, une personne qu’ils ne connaissent pas va mourir. Deuxièmement : ils recevront en cash un million de dollars. Norma (Cameron Diaz) et Arthur (James Marsden), alors dans une situation relativement précaire, prennent finalement le risque d’appuyer sur le bouton après une journée riche en questionnements existentiels. De là découleront tous leurs malheurs.

The Box fait beaucoup penser au film de Robert Aldrich En quatrième vitesse (Kiss me deadly) en ce qu’il s’applique à décrire très précisément un contexte réaliste (nous sommes dans une petite ville américaine en période post-watergate) pour mieux s’évader ensuite vers le fantastique et la science fiction.  Par ailleurs, l’histoire tourne dans les deux films autour d’une boite qui s’avère moins anodine qu’elle n’en a l’air puisque, chez Aldrich comme chez Kelly, elle n’a d’autre but que de donner un nouvel impact existentiel au genre humain (c’est dire l’importance de la chose…). Kelly confère à son film une aura métaphysique qui passe par une relecture ésothérique des mythes antiques et de la Bible (la boite de Pandore, Adam et Ève, etc.) ainsi que de l’oeuvre existentialiste de Jean-Paul Sartre (« l’enfer c’est les autres » CQFD). Le réalisateur est loin d’être bête, même si certainement forcé à se confiner par ses producteurs au genre fantastique, il s’applique comme souvent dans le cinéma américain à jouer de « la philo pour les nuls ». Il en reste que, même s’il tend régulièrement à basculer dans l’abstraction, le traitement scénaristique est géré d’une main de maître, parsemé en continue d’un suspense des plus intenses. Le fond et la forme se rejoignent de même que le concret et l’abstrait autour d’un sujet qui tend à renverser des concept humanistes.

D’un côté la pensée, de l’autre la concrétude scientifique. Entre les deux, c’est le grand écart. The Box s’emploie à rappeler que l’intérêt primordial des choses est ailleurs, à savoir dans la morale. Elle seule peut préserver la survie de l’espèce humaine. Oui, la théorie est facilement réfutable, il en reste que le film est brillant par la manière dont il en vient à ses fins. D’un premier abord classique voire pétri de bons sentiments (chapitre essentiel qui rend les personnages diablement attachants), le film décolle dans sa deuxième dimension, une voie ontologique des plus passionnantes. Un film aussi divertissant qu’intelligent, c’est assez rare.

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THE BOX (USA, 2009) R. : Richard Kelly ; Sc. : R. Kelly d’après l’oeuvre de Richard Matheson ; Ph. : Steven Poster ; M : Win Butler, Régine Chassagne, Owen Pallett ; Int. : Cameron Diaz (Norma Lewis), James Marsden (Arthur Lewis), Frank Langella (Arlington Steward), Sam Oz Stone (Walter Lewis), James Rebhorn (Norm Cahill). Couleurs, 115mn.

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Un commentaire sur “THE BOX de Richard KELLY (2009)”

  1. Super film, très prenant et surprenant. On n’en sort pas vraiment indemne. Avec nos amis on s’est posé la question pourquoi ce sont les femmes qui pressent le bouton?… Il y a sûrement une raison logique!


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