HÔTEL WOODSTOCK d’Ang LEE (2009)

Il faut reconnaître à Ang Lee sa grande habileté à savoir s’insinuer avec grâce dans les bonheurs et les affres de la passion amoureuse. Il peut y consacrer un film entier (Raisons et sentiments, son meilleur à ce jour) tout comme la traiter en toile de fond (Tigre et dragon, pas mal non plus). Débarqué de nulle part, Taking Woodstock sonne le début de la récré. Au placard les problèmes, on enlève les fringues et on va se baigner à poil dans l’étang le plus proche. Retour, donc, en 1969 sur les collines de Bethel dans l’état de New York, à l’endroit même où s’est déroulé le mythique festival de musique qui a rassemblé plus de 450 000 spectateurs. Plutôt que de se focaliser sur les concerts, Ang Lee décale son objectif à quelques mètres des lieux, sur le motel pouilleux de la famille Teichberg. On y retrouve Elliot, jeune décorateur new-yorkais venu prêter main forte à ses parents menacés de saisie. Animé par le désir de réveiller sa petite ville natale, il portera sur lui l’initiative de l’évènement : apprenant qu’une bourgade voisine a refusé d’accueillir un festival de musique hippie il décide d’inviter les organisateurs à venir s’installer dans le coin, du côté de Woodstock.

Le film n’est finalement rien de moins qu’une petite chose bien sympathique n’ayant pour autre ambition que de retranscrire une ambiance, et accessoirement de faire rire à deux ou trois reprises. Le réalisateur s’amuse comme un petit fou avec le personnage d’Elliot : il lui fait fumer des joints avant de l’envoyer en conférence de presse, le met face à sa condition d’homosexuel, lui fait rencontrer des vétérans du Vietnam devenus complètement cinglés. Puis quand il en a marre il passe aux parents, les gave de brownies au hasch, les fait nager dans des billets de banque, leur trouve des atomes crochus avec des transexuels, etc, etc… Bref, Ang Lee navigue en plein océan d’amour et de paix, s’appliquant à trouver une alternative à la tendance ‘crise économique’ qui sévit en cette année 2009. Tant mieux pour lui, et tant mieux pour nous !

Ceci dit, même en mode récré, Ang Lee reste un perfectionniste. Loin de lui l’idée de bâcler un film ! Par conséquent Taking Woodstock (dont la traduction française du titre est décidément bien ridicule) remplit son contrat en s’appliquant à recréer un décor et à toucher du doigt une ambiance, le tout sur un ton joyeux et dans un rythme effréné. Par moments il est vrai qu’on fait plus que froler la caricature (en témoigne le personnage d’Imelda Staunton, juive loufoque rongée par l’avarice), mais finalement qu’importe ! Le film aspire à la légèreté. Par conséquent il serait idiot de lui reprocher un quelconque manque de profondeur. En revanche, à bien y repenser, Taking Woodstock en compétition à Cannes, c’était bel et bien une erreur de casting !

v

TAKING WOODSTOCK (USA, 2009) R. : Ang Lee ; Sc. : Jake  Schamus d’après l’oeuvre d’Elliot Tiber et Tom Monte ; Ph. : Eric Gautier ; M. : Danny Elfman ; Int. : Demetri Martin (Elliot Teichberg), Imelda Staunton (Sonia Teichberg), Henry Goodman (Jake Teichberg), Emile Hirsch (Billy), Liev Schreiber (Vilma), Jeffrey Dean Morgan (Dan), Paul Dano, Kelli Garner. Couleurs, 110mn.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :