CODE INCONNU de Michael HANEKE (2000)

Le sujet de Code inconnu est universel et pourtant systématiquement passé sous silence. En cela, pas étonnant qu’il traine derrière lui une réputation peu glorieuse. Comme toujours avec Haneke, nous avons droit à une nouvelle déclination du thème de la violence. Cette fois-ci, elle s’opère dans le quotidien. Il s’agit de ces violences réputées « légères », celles qui se pratiquent continuellement autour de nous sans que nous y prêtions attention. Haneke réunit plusieurs personnages qui se croisent à la manière d’un film choral et dont les interactions lui permettent de traiter son sujet. Il y a Anna, une comédienne, et son petit ami Georges, photographe de guerre. Il y a Jean, le frère de Georges, qui refuse obstinément de reprendre la ferme familiale malgré la pression de son père. Puis il y a Amadou, jeune homme d’origine africaine partagé entre les ennuis que connaît sa famille et le bonheur qu’il trouve en présence de sa petite copine. Et enfin il y a Maria, sans-papier d’origine roumaine, qui tant bien que mal s’obstine à survivre dans la rue.

Comme souvent dans les films d’Haneke réalisés en français, il arrive que la forme prenne le pas sur le fond. Cette particularité résulte en général d’une direction d’acteur assez indigente qui décrédibilise l’action tout en révélant ses ficelles de fabrique (en l’occurrence ici, il s’agit de rendre compte de « moments volés », capturés en plans séquences puis enchainés sans transition au montage). Code inconnu regorge de beaucoup de ces imperfections. Mais lorsque Haneke passe outre, ce sont de redoutables moments de vie qui éclatent sous nos yeux. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le quotidien fait peur à voir : Anna (Juliette Binoche) repasse son linge devant la télévision. Soudain, elle agrippe sa télécommande et coupe le son. On entend alors un enfant pleurer, qu’on devine battu avec bestialité par l’un de ses parents. Le visage de Juliette Binoche se crispe, semble s’insurger, puis après un court moment reprend la télécommande pour remettre le son. Elle agrippe à nouveau son fer à repasser et poursuit sa besogne. C’est dans l’indifférence que nait la violence. Le personnage sera bien malgré lui soumis quelques scènes plus tard à la même situation que celle vécue par l’enfant. Anna est dans le métro et se fait accoster par un jeune arabe. Gênée par la situation, elle ne répond pas aux avances du jeune homme qui finit par la bousculer. Elle se lève et change de place. Il la suit. La situation s’avère de plus en plus oppressante et humiliante. Malgré le nombre important de passagers qui l’entoure, personne ne vient à son aide. Une situation familière qui n’aurait pas lieu d’être.

Haneke ne fait rien de moins que recréer des scènes de la vie courante. C’est dans le sentiment de réalisme que l’identification est possible et devient familière. Code inconnu nous révèle à nous même et ne fait rien de plus. La violence est bien là et nous n’y prêtons pas attention : c’est un jugement sévère et néanmoins légitime qui nous est jeté en pleine face. Il n’y a pas à dire, Michael Haneke ne fait vraiment rien pour être aimé.

Ceci dit, nous l’avons évoqué plus haut, Code inconnu n’est pas un film parfait. Si l’intention de base est plus que louable, Haneke peine néanmoins à toucher au réalisme par le biais de sa mise en scène. Or sans cela le film ne peut fonctionner. C’est bel et bien la présence de Juliette Binoche qui permet l’aboutissement de la majorité des scènes. Les histoires des autres personnages s’apparentent en comparaison à de la toile de fond. Il apparaît de toute évidence qu’Haneke n’est pas à l’aise face à la crédibilité de jeu de ses comédiens lorsqu’il officie en France. On comprend alors sa nécessité à ne tourner qu’avec des acteurs accomplis qui savent tirer profit d’une liberté de manœuvre (Huppert et Magimel dans La Pianiste ou  Auteuil et Binoche dans Caché). Heureusement, Code inconnu s’épanouit aussi entre les lignes : malgré l’inaboutissement technique dont il fait les frais, les intentions artistiques sont bien là, claires comme de l’eau de roche.

v

CODE INCONNU : RÉCIT INCOMPLET DE DIVERS VOYAGES (Fr.-Allemagne-Roumanie, 2000) R., Sc. : Michael Haneke ; Ph. : Jürgen Jürges ; M. : Gilba Gonçalves ; Int. : Juliette Binoche (Anne Laurent), Thierry Neuvic (Georges), Josef Bierbichler (Le fermier), Alexandre Hamidi (Jean), Ona Lu Yenke (Amadou), Djibril Kouyaté (Le Père), Luminita Gheorghiu (Maria). Couleurs, 118mn.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :