SIN NOMBRE de Cary FUKUNAGA (2009)

Par : Vincent Quénault

Nov 11

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Catégorie: FUKUNAGA Cary

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À mes yeux, les festivals de Sundance et Deauville n’ont jamais été de très bons indicateurs de qualité. Une fois n’est pas coutume, Sin Nombre, auréolé d’un prix de la mise en scène dans l’un et d’un prix du jury dans l’autre, m’a réjoui au plus haut point. Le réalisateur américain Cary Fukunaga, dont c’est le premier film, a choisi de poser sa caméra en Amérique centrale.

L’histoire nous transporte en plein cœur du gang de La Mara, réputé pour ses pratiques violentes et ses rites fanatiques. Casper en est l’un des membres attitrés. Ces temps-ci il a pourtant tendance à déserter, préférant les visites à sa petite amie aux missions criminelles qu’il a le devoir d’accomplir. Le chef du gang, Lil Mago, avide de lui donner une leçon, en viendra plus ou moins accidentellement à tuer la copine en question. Pendant ce temps à Honduras, une jeune fille du nom de Sayra retrouve son père après une longue séparation. Ils prennent le train afin de traverser le Mexique jusqu’à la frontière des États-Unis. Ce même train sera attaqué par Casper et son chef dans le but de dépouiller les passagers. Mais lorsque Lil Mago tente de violer Sayra, Casper ne peut le supporter. Aveuglé par la vengeance, il abat froidement le chef de gang. Sauvée, Sayra se prend d’affection pour le jeune garçon. La Mara, quant à elle, se lance à leurs trousses.

On pense souvent à Slumdog Millionaire devant Sin Nombre tant la plastique choisie par Fukunaga se rapproche de celle du film de Danny Boyle. On y filme à l’épaule, de façon à adopter une esthétique légèrement documentaire, tout en travaillant le cadre et en tirant parti des décors. Loin de se complaire dans le pur film de gangs, Sin Nombre s’évade à la manière d’un road movie. Le scénario, très inventif réunit deux personnages au passé déjà fort torturé. Cary aidera Sayra à passer la frontière, il est déterminé à la protéger jusqu’au bout. Les choix narratifs sont audacieux, et ce jusqu’à la scène finale.

La mise en scène, quant à elle, s’accroche à son message politique (le règne des gangs en Amérique latine et – surtout – la question de la frontière américaine). Pour ce faire, Fukunaga a tendance à adopter ici et là un regard documentaire. C’est le cas lorsqu’il se penche sur les pratiques rigides (et ridicules) de la Mara, qu’il en soit des punitions corporelles toujours faites en 13 secondes comme de la signification des tatouages qui recouvrent leur corps. Pour autant, le réalisateur n’oublie pas de se replonger dans les codes de la fiction pour relancer régulièrement le suspense. Par contre, il prend soin de s’écarter légèrement de ses personnages principaux. Sayra et Casper risquent leur vie comme beaucoup d’autres. Ils ne méritent en cela aucun traitement de faveur et sont livrés à eux-mêmes. Ce choix révèle un point de vue réaliste qui, jusqu’aux dernières minutes, se garde de tout effet romanesque. Un parti pris audacieux qui sied particulièrement bien au film. C’est une réussite : très cher Fukunaga, je te prédis un bel avenir…

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SIN NOMBRE (USA-Mexique, 2009) R., Sc. : Cary Fukunaga ; Ph. : Adriano Goldman ; M. : Marcelo Zarvos ; Int. : Edgar Flores (Willy / El Casper), Paulina Gaitan (Sayra), Tenoch Huerta (Lil Mago), Kristian Ferrer (El Smiley). Couleurs, 96mn.

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