L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS de Terry GILLIAM (2009)

J’ai trouvé les critiques assez sévères à propos du dernier film de Terry Gilliam. À les entendre, le cinéaste anglais n’aurait gagné ses lettres de noblesse qu’avec Brazil pour ensuite s’embourber dans une réputation d’artiste maudit dont les films auraient moins d’intérêt que leur making-off (on se souvient des fiascos que furent Munchausen et surtout Don Quichotte dont le tournage fut interrompu). Moi qui ne suis pas particulièrement fan du bonhomme, je lui reconnais tout de même une signature et des thèmes qui lui sont propres. L’Imaginarium du Docteur Parnassus est un exemple parfait : lors du visionnage, on ne peut attribuer l’imaginaire qui se déploie sous nos yeux à personne d’autre qu’à Terry Gilliam. Même Tim Burton, à qui on le compare souvent, ne se serait pas envolé aussi loin dans l’abstraction. Alors, pourquoi ôter le titre d’ « auteur » à un cinéaste dont le style est reconnaissable entre mille ?

L’histoire nous emmène en Angleterre parmi les saltimbanques d’un spectacle de rue dirigé par le Docteur Parnassus (Christopher Plummer). Capable de matérialiser les rêves d’autrui, le vieil homme est pourtant loin de rameuter les foules. Les temps sont durs, d’autant plus que sa fille (Lily Cole) approche des 16 ans. Or, il y a des années de cela, il fit un pacte avec le diable (Tom Waits) et lui promit de lui donner l’âme de sa progéniture une fois atteint l’âge en question. C’est alors qu’un soir, la troupe tombe sur Tony (Heath Ledger), un escroc qui tente de remettre sur pied le commerce de Parnassus et, tant qu’à faire, à briser la malédiction qui plane sur sa fille.

Comme toujours chez Gilliam, le scénario mérite un grand coup de sécateur. Bien que touffu, il n’est pas pour autant à ranger parmi les désastres inextricables qu’étaient Les Frères Grimm ou Tideland. L’Imaginarium fonctionne sur l’opposition traditionnelle entre rêve et réalité. Ceci dit, chez Gilliam la différence est difficile à faire tant la réalité ressemble au rêve : des nains et des magiciens s’y promènent, de même que le diable qui parfois passe faire un petit coucou. On serait donc plus tenté de parler d’opposition entre rêve et cauchemar.

Comme toujours, le cinéaste exploite son thème fétiche : l’imagination. En cela, le film fait figure de mise en abyme. L’Imaginarium est un film-nuage, aussi merveilleux qu’insaisissable. Le théâtre de Parnassus rappelle celui des films de Méliès. Gilliam se présente en hériter, et sa fantaisie se veut tout aussi débridée. Les moments les plus merveilleux du film éclatent lorsque le personnage d’Heath Ledger accompagne les clients de l’imaginarium de l’autre côté du miroir. Dans les rêves de Monsieur et  Madame Tout-le-monde, on croise des friandises géantes, des échelles qui montent jusqu’au ciel, des gendarmes en bas résille et des rivières qui se transforment en serpent. C’est extravagant, incohérent, et pourtant on se laisse embarquer. C’est dans la folie pure que le génie de Gilliam atteint son paroxysme.

En revanche, lorsqu’on retombe dans la réalité/cauchemar, l’intrigue patine. Les personnages tombent un à un dans la caricature et finissent par complètement nous échapper. Heath Ledger est seul à faire exception. Le décès de l’acteur en plein milieu du tournage aurait pu pousser le film à rejoindre Don Quichotte dans la fosse des films maudits. Le choix de recourir à trois acteurs différents pour l’incarner dans les scènes rêvées (Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell) confère à son personnage une dimension schismatique inattendue et féérique. C’est finalement quand Gilliam fait preuve des audaces les plus extravagantes que son cinéma gagne en intérêt. Après tout, l’art est un langage universel auquel les fous ont aussi accès. Je déplore d’ailleurs qu’il y en ait si peu.

THE IMAGINARIUM OF DOCTOR PARNASSUS (UK-Canada-Fr., 2009) R. : Terry Gilliam ; Sc. : T. Gilliam, Charles McKeown ; Ph. : Nicola Pecorini ; M. : Jeff Danna, Mychael Danna ; Int. : Heath Ledger / Johnny Depp / Jude Law / Colin Farrell (Tony), Christopher Plummer (Dr. Parnassus), Lily Cole (Valentina), Tom Waits (Mr. Nick), Andrew Garfield (Anton), Verne Troyer (Percy) . Couleurs, 122mn.

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2 commentaires sur “L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS de Terry GILLIAM (2009)”

  1. je ne sais toujours pas si j’ai aimé ou pa le film ! En tout cas en sortant il ne fait aucun doute qu’il force à la réflexion ! Avec max on ne sait même pa si on l’a compri ^^ Bisous Vincent

    • Oui, il faut dire que Terry Gilliam est loin d’être un réalisateur conventionnel. Ses films, conformément au sujet qu’ils traitent (l’imagination) ne sont jamais très clairs d’un point de vue scénaristique. Le côté « histoire brouillonne » a du vous gêner, à toi comme à Max. C’est d’ailleurs moi aussi ce qui me gêne principalement dans tous les films de ce réalisateur. Ça ne m’étonne pas vraiment que tu aies du mal à te prononcer. Allez, avoue-le, je suis sur qu’en fait tu n’as pas aimé du tout ;p


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