L’ENFER D’HENRI-GEORGES CLOUZOT de Serge BROMBERG & Ruxandra MEDREA (2009)

L’impression sur pellicule est une chose  fascinante. Le film de Serge Bromberg et de Ruxandra Medrea ne cesse de nous le rappeler. Ou comment le cinéma parvient à capturer le temps pour l’immortaliser ensuite – une base que l’on aurait tendance à oublier. De la résurrection des esquisses non abouties d’un grand cinéaste ne peut finalement émaner qu’une perle cinéphilique. Preuve à l’appui.

Initialement, L’Enfer était l’histoire d’un jeune couple de province dont le mari (Serge Reggiani) était convaincu d’être trompé en permanence par sa femme (Romy Schneider). Clouzot, à qui les financiers du film avaient donné carte blanche, s’est embourbé dans nombre d’expérimentations, souhaitant entre autre mêler art cinétique et musique électro-acoustique. Rongé par l’angoisse, les tribulations du cinéaste ont débouché sur une interruption de tournage et, finalement, à un abandon complet du projet.

L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot est un film pour les cinéphiles fait par des cinéphiles. Voir Serge Reggiani et Romy Schneider s’animer sur des plans inédits, qui-plus-est dirigés par Clouzot, constitue un bonheur dont on savoure chaque seconde. En un sens, un simple alignement d’images muettes dénichées sur You Tube aurait pu provoquer le même effet. Le film va plus loin, bien évidemment, proposant entre autre une relecture du scénario par des acteurs contemporains et un point de vue général plus ou moins discutable. En l’occurrence, Bromberg et Medrea présentent L’Enfer comme un chef d’œuvre tué dans l’œuf, ce dont on peut sérieusement douter. Si le film a des ambitions résolument avant-gardistes, on devine néanmoins par l’assemblage des anecdotes qui nous sont relatées, que Clouzot savait qu’il fonçait droit dans le mur. De là son besoin d’être en permanence sur le qui-vive, ses insomnies, et ses crises de nerfs. En avance sur son temps, Clouzot l’était certainement, mais pas suffisamment pour concrétiser cet ambitieux projet.

On peut donc déplorer que les réalisateurs se reposent sur ce sentiment de lourd regret qui parcourt tout le film. Finalement, il n’a pas véritablement lieu d’être. Pourquoi d’ailleurs ne pas seulement évoquer celui qui reprit le flambeau, à savoir Claude Chabrol, qui remania le scénario avant de tourner le même film trente ans plus tard avec Emmanuelle Béart et François Cluzet ? Devons-nous mettre cela sur le compte d’une certaine fascination pour l’ancien ? Peut-être sommes-nous ici confrontés à la différence des générations qui séparent les cinéphiles fanatiques de ceux qui restent encore sur le qui-vive.

Pour autant, Clouzot, c’est indéniable, était un auteur important dont je ne remettrai pas en doute les idées novatrices. L’Enfer n’était sans doute pas encore un film de son temps. D’autres que Clouzot se trouveront en charge de briser les tabous et de retourner les clichés tel qu’il souhaitait le faire à travers L’Enfer. Ainsi, Romy est restée la prude Sissi. Nous aurons attendu 2009 pour qu’elle nous soit révélée en personnification du désir sexuel. Des images muettes, inédites, presque volées qui gagnent dans ce film une dimension mystique. Les charmes de Romy. C’est essentiellement pour elle que L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot mérite d’être vu, devenant ainsi, plus qu’une perle cinéphilique, un trésor érotique insoupçonné.

L’ENFER D’HENRI-GEORGES CLOUZOT (Fr., 2009) R. : Serge Bromberg, Ruxandra Medrea ; Sc. : S. Bromberg ; Ph. : Jérôme Krumenacker, Irina Lubtchansky ; M. : Bruno Alexiu ; Int. : Romy Schneider, Serge Reggiani, Henri-Georges Clouzot, Bérénice Béjo, Jacques Gamblin, Costa-Gavras . Noir & Blanc / Couleurs, 102mn.

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