PARANORMAL ACTIVITY d’Oren PELI (2009)

Un couple assez basique formé par  Katie Featherston et Micah Slote, une caméra confinée aux quelques pièces d’une maison bourgeoise, une entité qui fait du bruit et bouge les portes…Voilà. C’est tout ce que vous aurez en allant voir Paranormal Activity. Et au vu de bon nombre de films d’épouvante des dix dernières années, il semblerait que plus, serait finalement de trop.

Contrepied total au film d’horreur sauce américaine, Paranormal Activity propose bien peu de choses visuellement face à ses prédécesseurs. Ici pas d’effets spéciaux numériques et une qualité d’image approximative mais assumée. Néanmoins, il semble évident que pour arriver à ce degré de dépouillement, le réalisateur a tout à fait assimilé les codes du genre et possède une parfaite conscience de ce qu’il fait. Oren Peli a travaillé sur l’essence même de la peur, apportant une réponse à tout ce qui ne fonctionne pas habituellement dans le film d’horreur. Le réalisateur pose ses règles du jeu dès le début et devient rapidement incollable sur le mécanisme logique de son récit. Ainsi, au bout d’un quart d’heure, nous savons que l’entité n’est pas un simple fantôme, qu’il poursuivra ses victimes et que chaque tentative de la répugner l’énervera davantage. Tout est dit. Tout est fait.

Dés lors, le film ne laisse aucune échappatoire. Nous ne sommes pas dans une de ces histoires où le fantôme, après avoir fait peur à un peu tout le monde, se révèle bienfaiteur et prévient la victime du danger alentour. Le démon est malveillant, c’est un fait, l’effet Casper est avorté. Le couple ne peut pas fuir la chose comme nous avons souvent envie de le suggérer à cette blondasse de série B qui décide toujours d’aller se réfugier à la cave. Les tentatives de Micah (bien courageux par ailleurs) pour entrer en contact avec l’entité donnent de l’ampleur aux phénomènes d’une violence tout autant physique que morale.  Et l’aide extérieure n’est d’aucun réconfort, comme le prouve l’arrivée du troisième personnage du film, un médium dont l’idée même de la présence apparait comme salvatrice, mais qui ne tiendra que quelques minutes dans le lieu, fuyant pour ne pas aggraver la situation. Oren Peli joue bel et bien avec nos nerfs. Le spectateur, à l’instar des personnages, subit la situation.  Mais si toutes ces scénettes intermédiaires, parfois un peu rébarbatives,  servent uniquement à combler la moindre faille possible du récit, l’intérêt propre de Paranormal Activity vient bien de ces séquences filmées d’un coin de la chambre en courte focale, timecode défilant, couvrant le sommeil troublé du couple et les manifestations de l’entité. Non, vous n’aurez pas que deux portes qui claquent et un froissement de drap comme le suggère la bande annonce. Le réalisateur sait se renouveler et contrôle parfaitement le crescendo de la mise en tension du film. Sans déballage d’effets numériques superflus, Peli surfe uniquement sur la vague des peurs primaires : le noir, les bruits inconnus, les ombres, l’invisible, l’autre… Se permettant néanmoins quelques clichés du genre (allons voir au grenier…) pour remplir l’heure et demi, l’auteur parfait son œuvre par une subtile référence à L’Exorciste de William Friedkin, juste pour être sûr que notre imaginaire s’aligne sur le souvenir d’un des films les plus effrayants qui soit. Pour tout cela, Paranormal Activity passionne.

Reste à aborder la question de la caméra portée, de l’effet hyper-réaliste pour mieux nous plonger dans l’horreur. À en croire les meilleures œuvres récentes du genre comme Rec, Cloverfield ou même Diary of the dead, il semblerait qu’on ne puisse plus se passer de cette méthode pour amener un peu d’effroi et de réflexion. L’alternative réside soit dans l’auteurisme prononcé d’un Morse ou dans le décalage assumé d’un Jusqu’en enfer (dont on peut aussi parler de film d’auteur finalement tant Sam Raimi a lui-même en partie créé les codes basiques du genre qu’il utilise). Le reste appartient aux japonais. En cela malheureusement, Paranormal Activity n’innove en rien.  Le film reste particulièrement similaire dans bien des points au Projet Blair Witch de dix ans son aîné. Le formatage qui en découle lui est bien évidemment préjudiciable. Et si Paranormal Activity éveille les papilles, il ne rassasie pas complètement.

Il ne tient néanmoins qu’a nous de prendre le film pour ce qu’il est. À savoir un exercice de style très réussi, efficace et intelligent, un véritable rappel à l’ordre à bon nombres de productions américaines de ces dernières années s’égarant et contribuant à faire perdre au genre ses lettres de noblesse. Finalement, un film plus rare qu’il n’y parait…

PARANORMAL ACTIVITY (USA, 2009) R., Sc. : Oren Peli ; Int. : Katie Featherston (Katie), Micah Sloat (Micah), Mark Fredrichs (Le Médium), Ashley Palmer (Diane). Couleurs, 86mn.

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Un commentaire sur “PARANORMAL ACTIVITY d’Oren PELI (2009)”

  1. J’ai trouvé le film plutôt mauvais en fait…


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