LES HERBES FOLLES d’Alain RESNAIS (2009)

Avant toute chose, puisque cela n’a pas encore été fait, je souhaite la bienvenue à Nicolas, ami cinéphile et nouveau chroniqueur qui partagera désormais ses inestimables avis à mes côtés sur Éclats d’images (ses premières chroniques sont ici et ). En espérant que notre collaboration soit des plus fructueuses (ce dont, comme d’habitude avec lui, je ne doute guère) !

Ces formalités accomplies, passons au dernier Resnais en date, sorti en salles il y a déjà quelques temps.

Les Herbes folles, c’est le cas de le dire, ont mis du temps à germer dans mon cerveau. Vu à Cannes en mai dernier, puis de nouveau à Paris à sa sortie, le film m’a profondément troublé en ce que jamais il n’est parvenu à me satisfaire à hauteur des éloges qu’en a fait l’ensemble de la presse française. D’ordinaire, un tel mouvement m’aurait indifféré. Mais voilà, il s’agit d’Alain Resnais, celui de L’Année dernière à Marienbad, de Je t’aime, je t’aime et de On connaît la chanson.  Un de ces rares auteurs phares qui trônent sur mon chevet. Pourquoi donc ne puis-je pas voir en ces Herbes folles la somptuosité dont tout le monde parle ? Après hésitation, j’en viens tout de même à prendre la plume, en espérant ne pas être le seul à côté de la plaque et que quelques lecteurs égarés arriveront, sinon à adhérer à mon point de vue, du moins à le comprendre.

Y a t-il seulement une véritable histoire ? Oui, tout de même. Marguerite Muir (Sabine Azéma), un jour comme un autre, décide d’aller acheter des chaussures dans son magasin préféré. Une fois les emplettes accomplies, un voyou agrippe son sac à main en pleine rue et s’enfuit avec. Le lendemain, Georges Palet (André Dussollier), de retour du centre commercial, tombe sur le portefeuille de ladite Miss Muir. On sent le bonhomme bien perturbé face à cette situation des plus anodines. Son quotidien va désormais tourner autour de cette femme-fantasme, dont il apprend par la découverte d’un permis, les qualités de pilote. Georges Palet est tombé amoureux d’une figure qui le poursuit en rêve depuis longtemps. Une case de son facétieux cerveau s’est ouverte. À Resnais de s’y engouffrer, non sans encombre, cela va de soi.

« Construire un nouveau film contre celui qui le précède. » Tel est l’adage d’Alain Resnais qui, en soixante ans de cinéma, a toujours eu besoin de continuellement se renouveler. Sur le fond, son thème de prédilection reste identique (l’étude du cerveau, et par déclinaison la folie). Sur la forme, en revanche, Les Herbes folles n’est rien de moins qu’un feu d’artifice d’inventions visuelles et auditives. Les festivaliers cannois n’ont pas menti : malgré son grand âge, Resnais était bien le cinéaste en compétition le plus hardi en matière de proposition formelle. Le titre du film est certes en adéquation avec l’histoire, mais également avec les intentions de mise en scène. La dernière phrase déléguée à une petite fille, « Maman, quand je serai un chat, est-ce que je pourrai manger des croquettes ? » est apte à définir l’humeur générale. Le roman de Christian Gailly duquel est adapté le film (une première pour Resnais qui s’en était toujours tenu aux scénarii originaux ou aux adaptations théâtrales) devient prétexte à pratiquer l’écriture (et la caméra) automatique à la manière des surréalistes. Dès lors, Resnais lâche ce qui lui restait de maîtrise classique (fictionnelle entre autres) pour se lancer corps et âme dans la pure expérimentation.

Une amie me parlait récemment de Resnais en terme de « sénilité ». Ne l’ayant pas vraiment approuvée au départ, je dois désormais admettre qu’elle était dans le vrai. Car finalement, folie enfantine et folie sénile ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Et voilà justement la caractéristique que je reproche à ces Herbes folles. Le réalisateur de Mon oncle d’Amérique et de Smoking/No Smoking a toujours été adepte d’un certain « cinéma de laboratoire ». Qui dit laboratoire dit expériences. Et qui dit expériences dit réussites mais également échecs. Alain Resnais est bel et bien un cinéaste scientifique qui manie dans ses tubes à essais de multiples formes d’art, de la peinture à la bande dessinée en passant par le jazz et la série télévisée. Les mixtures qu’il concocte n’en sont pas toujours homogènes pour autant. Évidemment, l’ambition même du projet fait qu’on ne peut reprocher à ces Herbes folles de manquer de cohérence et de linéarité. Il faut néanmoins avouer que passé le charme de la folie légère, les tribulations du gamin Dussollier (excellent par ailleurs) ont de quoi sérieusement lasser. Les personnages, sans doute trop nombreux, ont pris une fâcheuse tendance à sonner creux. De fait, l’expérience laborantine en vient à tourner légèrement à vide.

Finalement, on en vient à reprocher à Resnais une chose bien bête : son histoire est tout simplement trop légère pour un grand cinéaste tel que lui. Passons l’éponge. Après tout, même à 87 ans, on a droit à sa petite récréation.

LES HERBES FOLLES (Fr.-It., 2009) R. : Alain Resnais ; Sc. : Alex Reval, Laurent Herbier, d’ap. l’oeuvre de Christian Gailly ; Ph. : Eric Gautier ; M. : Mark Snow ; Int. : André Dussollier (Georges Palet), Sabine Azéma (Marguerite Muir), Anne Consigny (Suzanne Palet), Emmanuelle Devos (Josepha), Mathieu Amalric (Bernard de Bordeaux), Michel Vuillermoz (Lucien d’Orange), Edouard Baer (Le Narrateur), Annie Cordy (La Voisine), Sara Forestier (Elodie), Nicolas Duvauchelle (Jean-Mi), Vladimir Consigny (Marcelin Palet). Couleurs, 104mn.

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