AVATAR de James CAMERON (2009)

Ouvrez les yeux. La lumière du jour caresse les feuilles de la forêt et les graines de l’arbre-esprit, le berceau de toutes choses, flottent dans l’air. La végétation dissimule les créatures de la déesse Eywan, titans et chevaux à six pattes et leurs prédateurs reptiliens. La nuit, la flore arbore ses couleurs fluorescentes et la mousse s’illumine sous les pas des Na’vis. En cette contrée, les légendes sont transmises par les arbres, refuges ancestraux de la mémoire du monde. Au-delà des lacs et des vastes chutes d’eau, se dressent les gigantesques montagnes suspendues au travers desquelles planent les chevaucheurs d’Ikrân. Vous êtes sur Pandora. Et vous regardez Avatar, la nouvelle folie de James Cameron.

Dix années se sont écoulées depuis Titanic, son dernier long métrage de fiction et le réalisateur de tous les records se faisait un peu attendre. Mais quand le maitre du blockbuster revient enfin vers son public, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’arrive pas les mains vides. Dans une époque blasée par les effets spéciaux numériques, James Cameron réussit le tour de force d’émerveiller littéralement son spectateur et de ce fait réaffirme totalement son autorité en la matière. Avatar possède une beauté visuelle et une cohérence artistique suffisamment rare pour la souligner avec insistance. Le réalisateur ne s’est pas contenté d’inventer Pandora, la planète tropicale où se situe l’action, il lui a donné vie. Les plans fourmillent d’idées, de détails et l’on ne cesse de découvrir toute la richesse de cet univers tout au long du film. Fort des progrès numériques de la dernière décennie (on pense notamment à la trilogie du Seigneur des Anneaux), Avatar nous propose des personnages au réalisme saisissant, transcrivant chacune des émotions de l’acteur sous ses traits félidés, et surtout se vante d’une grande homogénéité dans le mélange des techniques. Le subtil relief 3D du film, ni trop effacé, ni exagérément appuyé, finit de plonger le spectateur dans ces décors incroyables.

Car la magie de James Cameron est justement de nous faire très vite oublier la présence des effets spéciaux au profit de l’immersion dans l’histoire. En effet, à aucun moment, la mise en scène ne faiblit sous le poids de l’image. Le réalisateur fait preuve d’une grande diversité de cadres, d’échelles et d’une certaine audace qui imposent aux scènes leur ton et leur caractère. Les plans s’adaptent au récit avec une justesse propre aux grands cinéastes et chaque mouvement de caméra est parfaitement chorégraphié de manière à tirer toute la quintessence de l’action. James Cameron donne alors à ses séquences une ampleur certaine jusqu’à l’obtention d’un véritable souffle épique sur l’ensemble du film. Le mérite en revient également en partie au compositeur James Horner qui signe ici une partition des plus inspirées. Entre symphonie hollywoodienne et sonorité ethnique aux élans de chants du pacifique, la musique parachève notre sentiment constant d’évasion.

Sur de nombreux points, Avatar est résolument à la hauteur de l’innovation promise par son auteur. Pourtant en matière de scénario, le film reste apparemment dans les sentiers bien battus d’un genre codé. L’histoire oppose les Na’vis, peuple de Pandora vivant en symbiose avec la nature, aux humains avides de puiser les ressources minérales de la planète à grand renfort militaire. Jake Sully (Sam Worthington) pilote un avatar, hybride créé génétiquement, et se voit chargé d’infiltrer la tribu Na’vis afin de les déloger de leur arbre-maison. Mais sous l’apprentissage de Neytiri (Zoe Saldana), la fille du chef, Jake va découvrir une autre forme de richesse et peu à peu changer de camp. Le récit de James Cameron n’échappe pas à un certain manichéisme primaire ni aux quelques clichés du genre comme le discours patriotique, ni même aux personnages quelque peu caricaturaux. Nous aurons donc droit au pamphlet militaire habituel incarné par le colonel Quaritch (Stephen Lang) et à un schéma narratif préétabli. L’histoire est vieille comme le monde, plus précisément comme le « nouveau » monde tant on pense au récit de John Smith et Pocahontas, à la dualité entre le progrès et la nature, la conquête face à la compréhension. Mais le thème est suffisamment fort pour en mériter une relecture. Et ceux qui connaissent le réalisateur ne seront finalement pas surpris par la simplicité apparente de l’histoire. On ne s’écarte pas vraiment de la recette d’Abyss, d’Aliens : le retour ou de Terminator où les ingrédients qui ont fait le succès de Cameron sont ici réemployés (recherche scientifique, menace nucléaire, préservation de la nature…). La marque de l’auteur ne se situe pas dans l’originalité du scénario mais bien évidement dans la manière dont il le mène. Peu de réalisateurs en effet peuvent se targuer d’apposer une telle fluidité à un projet si ambitieux. James Cameron emprunte tous les raccourcis possibles de narration et condense son film en un spectacle permanent sans aucune baisse de rythme. D’une scène à l’autre, Avatar impressionne et se renouvelle constamment. Sur le fondement solide d’un scénario universel, le réalisateur maitrise tous ses effets. Si l’utilisation de la voix off et des micros scènes offre des ponts scénaristiques appréciables, rien n’est pourtant oublié. Chaque séquence soutient l’histoire et se résume à son essentiel. En résulte une grande subtilité dans la construction de l’œuvre, un savoir-faire quasi-unique dont la force mais également le malheur est de se rendre invisible aux yeux du public.

Véritable fable écologique, Avatar évolue pleinement dans l’air de son temps, à l’image de son réalisateur qui repousse une nouvelle fois les limites techniques et artistiques du film de spectacle. Si le cinéma se nourrit du cinéma, le film de James Cameron est assurément l’ultime réponse aux vingt années de  production derrière nous et ouvre dignement la voie à l’avenir du grand écran. Pour toute une génération, c’est aussi le sentiment de détenir là notre Star Wars dont on espère l’impact sur la prochaine décennie aussi important que le fût celui de l’œuvre de George Lucas sur les années 70. Même si rien n’est encore fait, Avatar en a véritablement l’étoffe.

AVATAR (USA, 2009) R., Sc. : James Cameron ; Ph. : Mauro Fiore ; M. : James Horner ; Int. : Sam Worthington (Jake Sully), Zoe Saldana (Neytiri), Sigourney Weaver (Dr. Grace Augustine), Stephen Lang (Colonel Miles Quaritch), Michelle Rodriguez (Trudy Chacon), Giovanni Ribisi (Parker Selfridge), Joel Moore (Norm Spellman), CCH Pounder (Moat), Wes Studi (Eytukan), Laz Alonso (Tsu’tey), Dileep Rao (Dr. Max Patel). Couleurs, 162mn.

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4 commentaires sur “AVATAR de James CAMERON (2009)”

  1. Excellente description d’un film qui restera dans les mémoires. bravo Nico!

  2. Je reviens du cinéma et je suis encore tout chose. J’ai vu ce soir quelque chose que je n’avais jamais vu de ma vie alors c’est quand même un soir dont je me souviendrai toujours (et personne pour en discuter :,-(

    Et j’ai enfin pu lire ton commentaire ! qui retranscrit bien ce que je ressens. On pourrait de toute façon en disserter des heures. Ce « film » semble avoir atteint les limites imaginables de la perception humaine sur le plan des effets spéciaux ; mais il écrit surtout les codes d’un nouveau cinéma qui fera certainement le bonheur d’Alice et j’espère longtemps encore du notre !

    Remis sur un format plat aussi HD soit-il, je comprends mieux pourquoi il n’occupe pas le sommet de ton dernier top. Le schéma narratif classique si propice au cinéma creux suffit pourtant ici ; l’envol du film se faisant sur bien trop d’autres éléments pour qu’on puisse à mon sens critiquer ce choix qu’on n’imagine même pas autrement – certes le déroulement général est classique, certes le « nouveau monde » est bien présent en filigrane, mais il faut reconnaître que les moyens de relater cette histoire intemporelle ne manquent pas d’originalité (qui outre Bruce Willis a déjà exploité aussi finement cette notion d’avatar ? la synergie des espèces ? …). Mais soit, la punition d’une deuxième place semble donc justifiée… voire même trop indulgente.

    Mais j’estime qu’on est là sur un nouveau support avec des critères de jugement inédit même si cela reste du cinéma. Un nouveau support sur lequel les réalisateurs s’essayaient abusant d’effets tape-à-l-œil. Cameron lui s’en sert pour apporter une réalité à son film (je pense par exemple aux éléments flous qui passent inconsciemment au premier plan lors de travelling, aux focus donnés consécutivement aux éléments d’une scène…). C’est un peu comme avec l’arrivée de l’imagerie 3D : il a fallu longtemps pour qu’elle soit intégrée dans les films de manière transparente, juste pour servir la réalité des scènes. La force de Cameron tient dans cette aptitude à transposer/inventer si vite des méthodes autour de la 3D tout en l’intégrant à toutes les techniques déjà connues. J’imagine que pour arriver à ce résultat en tant que réalisateur il faut complètement repenser son image, mais aussi re-définir des techniques et des métiers.

    L’utilisation à bon escient de ce nouveau support semble donc bien lancée ; maintenant il n’est pas dit que tous les grands réalisateurs du moment sauront aussi bien se l’approprier. Concernant le rendu visuel, j’attendrai plus de réalisme sur la notion de « grandeur ». Je trouve que le relief se ressent parfaitement lorsque des objets se situent en différents plans proches, beaucoup moins sur des plans « profonds » (vide, vue générale d’un paysage…)

    Sinon bravo pour avoir assuré sur l’orthographe des noms (enfin il semble) et désolé d’avoir ajouté 3km de textes. Et tu peux effacer si je raconte n’importe quoi.

  3. Oui, un beau billet, pour un film qui le mérite amplement. Un énorme démenti pour les cinéphiles qui pensent que le cinéma a déjà tout dit. Après Titanic qui filmait non seulement le naufrage d’un fleuron de la civilisation mais aussi une sublime voûte étoilée, de magnifiques vestiges, et un émouvant au-delà, Cameron nous offre avec Avatar un autre immense vertige et un très grand poème naturaliste.

  4. Merci pour vos commentaires. Je suis ravi de voir que nombreux sont ceux qui se retrouvent dans ce papier, surtout lorsque la mode est à critiquer ce qui marche. En effet, beaucoup boude d’Avatar sans réellement faire la différence entre une histoire classique (ou au pire basique) et un scénario ciselé, en s’appuyant sur des détails souvent subjectifs volant aussi haut que « j’aime pas trop le bleu des Na’vis! ». J’ose affirmer que le scénario d’Avatar est parfait à l’exception faite qu’il ne propose que du préétabli comme 95% des productions actuelles. Avatar était déjà assez novateur comme ça pour ne pas non plus se risquer dans tous les domaines. Cameron garantit le spectacle et remplit sa part du contrat avec le spectateur.
    Sinon comme tu le vois, je ne t’ai pas effacé Sébastien, ton commentaire est plus clairvoyant que bien des collègues du métier, si tu savais… Par contre, j’ai eu du mal à ressituer la référence à Bruce Willis mais je pense que tu parles de Clones sorti en 2009 sur lequel je ne m’avancerai pas au jeu de la comparaison pour cause de « pas vu ».


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