MAX ET LES MAXIMONSTRES de Spike JONZE (2009)

Cette année, j’ai eu une révélation : et si Francis Ford Coppola était le père Noël ?! Franchement, avouez que la ressemblance est frappante. En plus, le cadeau qu’il nous offre à l’occasion des fêtes est conséquent…  A méditer… Pour voir la chronique de Tetro sorti en salles cette semaine, cliquez ici. Sur ce, place à Max et les Maximonstres ! Joyeux Noël à tous !

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Qui aurait pensé qu’un réalisateur aussi cérébral que Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich, Adaptation) puisse se mettre ainsi à hauteur d’enfant ? Where the wild things are, le livre de Maurice Sendak (que l’on peut traduire en français par « Là où se trouvent les choses sauvages ») s’immisce dans le côté sombre de l’enfance, loin des promesses divines sur lesquelles les contes ont pour habitude de se terminer.

Max, suite à une dispute avec sa maman, prend le large dans son imagination, direction l’île des Maximonstres où il s’autoproclame roi.

Spike Jonze a toujours eu un faible pour les formats courts (en atteste sa carrière dans le domaine du vidéo-clip). Le livre de Maurice Sendak se décline sur une vingtaine de lignes et une quinzaine de planches : l’occasion idéale, non pas de respecter à la lettre le déroulement des faits, mais plutôt de saisir une atmosphère et de la décliner à sa façon. Max et les Maximonstres est par conséquent un film d’ambiance sur les frustrations de l’enfance. Le récit échappe à tout manichéisme, s’attachant à révéler les émotions à l’état brut ; qu’il en soit de Max, héros d’une aventure initiatique, mais également des Maximonstres dont chacun personnifie une émotion importune propre à l’enfance (la solitude, la timidité, le désenchantement, l’excès, etc.).

Le film ne cesse de jouer sur la corde raide des sentiments. Et pour cause, Spike Jonze adopte le point de vue d’un enfant qui ne dispose pas encore des codes moraux nécessaires pour faire face à la vie. Sa seule défense demeure l’imagination dans laquelle il se terre lors des moments difficiles. Le début du film est particulièrement éloquent sur ce point : le quartier de Max est tout enneigé et il en a profité pour se construire un igloo. Voyant les amis de sa grande sœur sortir de chez lui, il se faufile derrière la palissade pour entamer une bataille de boules de neige. Mais voilà que tout se déchaine, et que les amis en question en viennent à démolir l’igloo dans lequel le petit garçon s’était réfugié. En l’espace de quelques millisecondes, nous sommes passé de l’euphorie joyeuse au plus douloureux des chagrins. Max pleure, et personne n’est là pour le consoler.

Ces situations délibérément chancelantes traduisent les oppositions entre le monde exalté de l’enfance et celui beaucoup plus terre à terre des « grandes personnes ». C’est suite à une nouvelle altercation, face à sa mère cette fois, que notre héros en viendra à s’évader sur l’île des Maximonstres vêtu de son costume de loup. Proclamé roi de ces étranges créatures, il endosse la couronne du « père », proclamateur de ce qu’il faut, et de ce qu’il ne faut pas faire. Max, face à Carol (le monstre qui lui ressemble le plus), apprend par ses erreurs à mesurer ses actes, à considérer les sentiments d’autrui, et à faire les bons choix.

Spike Jonze confère à son film une profonde mélancolie qui l’écarte de toute mièvrerie (une caractéristique peu commune, le film s’adressant tout de même aux enfants). Les Maximonstres sont des êtres malheureux, orphelins, livrés à eux-mêmes, qui comme Max sont incapables de maîtriser leurs pulsions (créatrices comme destructrices). Le film a l’audace de ne proposer aucune résolution, préférant s’exempter jusqu’au bout de toute convention. La mise en scène s’attache alors à donner tout le crédit possible à l’imagination liée à l’enfance, enrobant de ce fait chaque paysage d’une douce lumière. La sublimation générale n’a d’égale que le style épuré de l’ensemble, auquel vient s’ajouter la musique délicieusement enjouée (et toujours bien amenée) de Karen O and the kids. L’atmosphère est unique, Jonze ayant eu l’idée géniale de faire également appel à la « Jim Henson Company » pour ce qui est de la création des monstres. Les studios, qui portent le nom de leur créateur (le père des Muppets et autres productions de génie telles que Dark Crystal ou Labyrinthe) ont su mêler avec grâce l’art de la marionnette aux possibilités qu’offrent aujourd’hui le numérique. Les prises de vues sur les Maximonstres ont donc été réalisées avec des comédiens en costumes, puis leur visages retravaillés par ordinateur. La direction artistique générale n’en est que plus atypique, vraiment proche de l’esprit d’Henson lorsqu’il officiait il y a vingt ans de cela.

Si son nouveau film est finalement autant prédisposé à l’interprétation que le précédent (Adaptation), Jonze se révèle toutefois beaucoup plus accessible cette fois-ci qu’il ne l’a été auparavant. Max et les Maximonstres est l’œuvre d’un merveilleux conteur. Alors, quant à emmener enfants et petits-enfants au cinéma pour les fêtes, oubliez le Scrooge de Zemeckis et optez pour la très jolie fable de Max, en lequel se reconnaitront à coup sûr petits et grands !

WHERE THE WILD THINGS ARE (USA, 2009) R. : Spike Jones ; Sc. : S. Jonze, Dave Eggers d’après l’oeuvre de Maurice Sendak ; Ph. : Lance Acord ; M. : Karen O and the kids, Carter Burwell ; Int. : Max Records (Max), Pepita Emmerichs (Claire), Catherine Keener (La Mère), Mark Ruffalo (Le Petit Copain), James Gandolfini (Carol), Paul Dano (Alexander), Catherine O’Hara (Judith), Forest Whitaker (Ira), Chris Cooper (Douglas), Michael Berry Jr. (Le Taureau), Lauren Ambrose (KW). Couleurs, 101mn.

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