ESTHER de Jaume COLLET-SERRA (2009)

Suite à la perte in utero de leur troisième enfant, Kate et son mari John décident d’adopter une jeune fille de l’orphelinat comme remède à leur traumatisme. D’apparence charmante, bien élevée et intelligente, la fillette de neuf ans s’avère porteuse d’une aura des plus inquiétante, d’autant que ses origines restent toutes aussi mystérieuses. Telle est le postulat de départ d’Esther, troisième long métrage de Jaume Collet-Serra. Des les premières minutes, le film passionne par ses idées de mise en scène, son atmosphère lourde et la promesse d’un thriller psychologique de bonne facture. Le réalisateur installe sa situation et ses personnages avec précision et efficacité. La jeune Esther intègre la cellule familiale et par son caractère irréprochable et son atypisme, nous fascine déjà. Puis le climat de sérénité devient de plus en plus dérangeant lorsqu’Esther prend une certaine ascendance sur sa petite sœur sourde-muette et qu’elle commence à montrer un goût prononcé pour le machiavélisme, la manipulation et le sadisme. Le scénario bascule alors peu à peu dans l’horreur…

Seulement voilà, en basculant, le film entraine littéralement avec lui l’intérêt du spectateur. L’enthousiasme du début s’effondre au fil des très longues minutes qui composent la deuxième partie du film. Pour plaire à un public en mal de sensations fortes, Jaume Collet-Serra se sent l’obligation de sortir la panoplie du petit film de genre basique. Entre les portes qui claquent, les angles morts, les passages de formes en volet, les changements de plans brutaux, l’omniscience du personnage, l’ensemble bien évidemment ponctué des montées sonores habituelles, tout est bon pour créer le petit bond sur le fauteuil de cinéma. Dés lors, cet effet racoleur semble devenir l’enjeu principal du film. Esther alterne alors les plans faussement subjectifs dont l’utilisation abusive par Collet-Serra suscite l’interrogation, et les scènes d’ouvertures de portes de frigos, d’armoires à pharmacie et autres accessoires laissant supposer que la jeune fille sera derrière dés leur fermeture. Face à cette avalanche de clichés censée rehausser le rythme du film, on en vient à attendre les moments de pure confrontation psychologique, portés par des dialogues aseptisés mais malheureusement trop délaissés passée la première heure. D’autant que ces joutes verbales sont servies par des acteurs relativement convainquant et que l’atmosphère générale seule du film aurait suffit à mettre le spectateur sous tension.

A l’image de son personnage éponyme, Esther semble ainsi doté d’une double personnalité. Dés lors que l’intrigue se développe, le film hésite entre le thriller psychologique et le pur film d’horreur. Ce second genre décrédibilise totalement la mise en place épurée des éléments du récit. Les artifices grossiers dont use le réalisateur de manière totalement décomplexée nous fait perdre tout sentiment de réalisme. C’est sur cette nouvelle base que Jaume Collet-Serra nous amène jusqu’à la révélation finale qui souligne parfaitement toute la détermination qu’a mis le metteur en scène pour dénaturer les fondements essentiels de son histoire. Avec une évidence insolente et sous couverts d’une fin à tiroirs (là-dessus encore l’utilisation de la bande son est proprement affligeante), Collet-Serra balaye tout l’aspect malsain de son Esther, intimement lié au mythe de l’enfant sadique. Au final, quelques rebondissements surfaits et une dernière effusion de sang tentent effrontément de nous prouver que le caractère transgressif de ce film de genre n’était pas qu’illusoire. Pourtant, Esther comme tant d’autres films d’horreur cède bel et bien à la facilité et la gratuité d’une certaine dictature de l’effet.

Dans un grand moment de clémence, nous pourrions néanmoins retenir les quelques aspects positifs de cette Esther. Après tout en surface, le film n’est pas totalement désagréable et un simple retour sur la filmographie de Jaume Collet-Serra nous aide à relativiser. Après le futile La maison de Cire en 2005 qui en plus d’être pathétique était affreusement long, puis l’insignifiant Goal II : la consécration (que celui qui a vu ce film poste ici ou se taise à jamais), le réalisateur semble signer ici son meilleur film. Mais malgré une introduction prometteuse et un véritable potentiel, Esther n’arrive pas à s’élever vers l’atmosphère malsaine ou au degré de tension d’un film comme La dernière maison sur la gauche nouvelle génération, nettement plus affirmé dans ses choix. Et la propension de Jaume Collet-Serra à décrédibiliser son sujet au profit d’une mise en scène lourde parsemée d’effets horrifiques désuets ne laisse que peu d’espoir quant à ces futures réalisations.

ESTHER (USA, Can., All., Fr., 2009) R. : Jaume Collet-Serra ; Sc. : David Johnson, Alex Mace ; Ph. : Jeff Cutter ; M. : John Ottman ; Int. : Vera Farmiga (Kate Coleman), Peter Sarsgaard (John Coleman), Isabelle Fuhrman (Esther), CCH Pounder (Soeur Abigail), Jimmy Bennett (Daniel). Couleurs, 123mn.

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Un commentaire sur “ESTHER de Jaume COLLET-SERRA (2009)”

  1. Je n’ai rien à dire mais je veux recevoir les mails des nouvelles parutions donc voilà.
    Ah si je vais quand même ajouter que c’est dommage pour ce film dont la BA me promettait beaucoup.
    Merci pour ces critiques.


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