OCÉANS de Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD (2010)

En ces temps où l’écologie prend une place prépondérante au cœur des préoccupations mondiales, les documentaires naturalistes sont eux aussi devenus très en vogue à tel point qu’ils ont investis tout commodément les salles obscures. Océans est maintenant à rajouter au compteur de ces films en marge des projections habituelles. Quelques années après Le peuple migrateur, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud quittent le ciel pour nous faire découvrir leur vision particulière du monde de la mer.

Qu’on ne se leurre pas, Océans possède tous les ingrédients des documentaires du genre et ne présente pas de bouleversement formel majeur, les précédents films de ces auteurs ou Un jour sur terre étant déjà passés par là. La dramaturgie un peu abstraite est surtout prétexte à un enchainement de séquences aquatiques relativement éblouissantes. Car si le film n’outrepasse pas les classiques de la captation sous-marine, il en propose une relecture assez spectaculaire grâce à des moyens techniques de pointe. Dés les premières minutes, Océans impressionne par la qualité de ses prises de vue et la beauté plastique de ses plans. Jacques Perrin et Jacques Cluzaud atteignent une certaine perfection esthétique dont la véritable prouesse est de se maintenir sur la quasi-totalité du film. Qu’il prenne la forme d’une « chevauchée » de dauphins, d’un raid de fous du cap, d’une boule de chinchards, d’une colonie de limules, d’un banc de crabes ou d’une assemblée de baleine, le ballet incroyable de la faune marine émerveille à chaque instant. La mise en scène sensible de deux documentaristes instaure une poésie implacable aux élans parfois épiques. Les deux hommes imposent comme une évidence leur vision onirique sur une réalité naturelle, subliment l’océan pour lui rendre tout son hommage.

Mais si  le rêve est total, le documentaire n’en oublie pas son rôle militant. A partir d’une question aussi innocente qu’infinie « c’est quoi l’océan ?», les cinéastes tentent de répondre au travers d’une trame simple. Ils nous montrent ce qui existe, ce qui est détruit et ce qu’il s’agit de sauvegarder. Ainsi le film n’échappe pas à sa vocation écologique et sa dénonciation de l’impact de l’homme sur ce monde sauvage. Quelques séquences entre Jacques Perrin et le jeune Lancelot se font le symbole de l’héritage laissé aux générations futures. Océans s’affuble ainsi d’une parure certes nécessaire mais un peu lourde. D’autant que l’aspect moralisateur est repris par une voix off légèrement maladroite. Néanmoins, Jacques Perrin semble avoir parfaitement conscience que la responsabilité n’incombe pas au spectateur et l’importance de cette voix ponctuelle se retrouve minimisée. Évitant soigneusement le syndrome de la culpabilité écologique, Océans n’est pourtant pas exempt de défauts. Plus précisément, s’il vogue proprement sur les mers d’un genre planifié, on peut l’accuser de ne pas se mouiller totalement. Dauphins, requins, phoques et  baleines… la volonté de ne pas rentrer dans une œuvre océanographique trop élitiste ou trop atypique est flagrante. D’un classicisme absolu, la musique du très sollicité Bruno Coulais est de très bonne facture et enrobe efficacement l’univers marin mais n’entraine nullement la tonalité du film vers d’autres contrées. Il semble que ces quelques regrets somme toute assez relatifs soient le prix à payer pour rendre ce spectacle accessible de tous. Le choix parait même nécessaire lorsque l’enjeu est de toucher par son discours le public le plus large qui soit.

Ainsi donc judicieusement consensuel, Océans nous plonge littéralement dans un univers d’autant plus féerique qu’il existe réellement. Par la richesse artistique de leurs plans, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud transcendent l’emploi des caméras sous-marines jusqu’à nous donner l’impression sublime d’évoluer nous même parmi les animaux marins. S’il est calibré pour plaire, le film n’en est pas moins un formidable voyage autour du globe orchestré par des amoureux de la splendeur du monde aquatique. Océans réussit amplement son pari et nous livre une invitation à l’évasion la plus pure et à l’émerveillement devant ce qu’est capable de nous offrir la nature.

OCÉANS (Fr., Suisse, Esp., Monaco, 2010) R. : Jacques Perrin, Jacques Cluzaud, Sc. : J. Perrin, J. Cluzaud, Laurent Debas, Stéphane Durand, Laurent Gaudé, François Sarano, Christophe Cheysson ; Ph. : Eric Börjeson, Didier Noirot ; M. : Bruno Coulais ; Int. : Jaques Perrin, Lancelot Perrin. Couleurs, 100mn.

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4 commentaires sur “OCÉANS de Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD (2010)”

  1. Coucou Nico 😉
    Toujours un plaisir de lire tes critiques.
    As-tu l’intention d’aller voir Agora ? Je serais curieuse de connaître ton point de vue sur ce film ( je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir moi-même mais ça me démange ! ).

    Bises !

  2. Oui je compte bien voir Agora dont j’aime beaucoup son réalisateur Alejandro Amenabar (Les autres, Mar Adentro, Ouvre les yeux…). Il faut que je me dépêche car il risque de sortir assez vite des salles maintenant (à Paris tout du moins). Bien sûr y’aura certainement une critique qui suivra et sachant qu’une lectrice assidue attend avec impatience mon papier, j’en ferais une priorité 😉
    Pour un début d’information, sache que Vincent l’a vu à Cannes et qu’il a moyennement apprécié. Mais le réalisateur a, suite au festival, coupé une demi-heure de film, sans doute pour faire un métrage plus fluide. A voir donc.
    Quoiqu’il en soit merci pour tes encouragements et ta fidélité à ce blog.

  3. Monsieur PERRIN, Monsieur CLUZAUD,

    Votre film  » OCEANS « , que j’ai visionné avec beaucoup d’attention, est à la fois un véritable monument,et un appel au coeur de l’homme, de respect, de modestie par rapport à la majesté de ce monde fantastique, et d’amour envers les créatures si variées qui le peuplent.

    J’ai ressenti en regardant ce film, à la fois la passion de ceux qui ont capté ces scènes de la vie marine ou côtière, et en même temps, une sorte d’intimité et de dialogue déjà créé entre eux et les êtres filmés.

    Je ressens cela aussi, chez moi, en observant chaque jour les oiseaux et la faune
    de mon environnement boisé. Il est fragile ce monde animal, il est en péril et sans lui, notre vie disparaîtra. Je m’en convainc, rien qu’en regardant le travail de semis que font tous ces petits volatiiles dans ma prairie.

    Je vous félicite encore chaleureusement. Je retournerai voir ce film encore une, deux ou trois fois. J’en ai été réellement émerveillé !

  4. Pour sûr, si Mr Perrin et Mr Cluzaud nous font l’honneur de passer sur notre blog, ils seront très certainement touchés, Mr de Biolley, par votre lettre ouverte au discours si élogieux. Pour ma part, je m’en vois désolé de ne pouvoir faire suivre à qui de droit.


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