INVICTUS de Clint EASTWOOD (2010)

Avant de parler d’Invictus, peut-être faudrait-il rappeler la définition de l’humanisme moderne. Soit : un mouvement de pensée optimiste qui place l’homme au-dessus de tout, avec pour objectif principal son épanouissement de manière positive. Dès lors, chaque être doit se construire en s’écartant de toute référence surnaturelle.

On l’a dit et répété, Eastwood est un grand humaniste. Dans les années 2000, son cinéma s’est obscurci, mettant en avant des personnages écorchés, héros d’histoires graves et profondes (Mystic River, Million Dollar Baby, L’Échange). Il est vrai que d’un premier abord, Invictus surprend par son virage optimiste. Nous sommes en 1994 et l’histoire a pour personnage principal Nelson Mandela qui après 27 années d’incarcération vient d’être élu démocratiquement à la tête de la République Sud-Africaine. L’Apartheid appartient désormais au passé, et « Madiba » s’applique à rabaisser les tensions pour réconcilier tous ses compatriotes, noirs et blancs. Il jette finalement son dévolu sur la coupe du Monde de Rugby organisée en Afrique du Sud pour instituer une politique de réconciliation.

Comme ce fut déjà le cas dans le cinéma d’Eastwood, le sport est prétexte à faire émerger un sujet bien plus profond. Dans Million Dollar Baby, la boxe était l’exutoire de Maggie ; dans Invictus, le rugby et sa dimension populaire invitent à la réunification d’un pays. Le film a beau être optimiste, voire parfois comique (les rapports entre gardes du corps noirs et blancs), il n’en reste pas moins profond. La douce lumière de Tom Stern et les thèmes épurés de Kyle Eastwood suffisent à révéler la signature du maître. C’est pourtant par son thème qu’Invictus s’affirme profondément Eastwoodien. Comme il est dit plus haut, conformément à la pensée humaniste, l’homme doit s’écarter de toute référence nocive et s’épanouir de manière positive. Quel meilleur exemple que Nelson Mandela pour personnifier un tel mode de pensée, lui qui après plusieurs années d’incarcération a trouvé la force de pardonner à ses bourreaux ?

Eastwood n’a aucunement l’intention de rentrer dans les codes du biopic. Son angle est précis : montrer seulement comment un homme s’est appliqué à réunifier un peuple. Évidemment (et fort heureusement), il se garde de toute discussion pompeuse entre politiciens. Mandela joue systématiquement sur les codes de la popularité, et Eastwood fait intelligemment de même envers ses spectateurs, œuvrant au moyen d’une mise en scène simple et néanmoins des plus suggestives. Dans le premier plan du film, une route sépare nettement deux terrains : celui des blancs et celui des noirs. Le cinéaste s’applique peu à peu à effacer cette frontière. C’est par la musique que s’opère d’abord le mélange : les voix des blancs se mêlent ainsi à celles des noirs lors de scènes chargées d’émotions brutes (qu’il en soit des visites de l’équipe de rugby nationale à des enfants des bidonvilles, ou encore du match final chargé d’élans épiques). Le propos a l’air naïf et c’est à cela, sans doute, que le film doit ses nombreuses critiques négatives. Les thèmes qui sont traités ici devraient être, au contraire, portés au pinacle : le pardon, la réconciliation, la fraternité. Autant de mots qui effraient par leurs sous-entendus usuellement religieux ou patriotiques. Mais ici, le second degré n’a pas lieu d’être.

Eastwood rend hommage à Nelson Mandela, figure emblématique de la paix et fin stratège politique qui ne manque pas d’humanité. Ainsi se glisse dans le scénario quelques indications sur les rapports qu’entretient l’homme avec sa famille, révélation contenue de son talon d’Achille (car par tradition dans le cinéma d’Eastwood, nul n’est complètement infaillible). Morgan Freeman habite complètement le personnage, confirmant sa maîtrise imparable lorsqu’il se trouve dirigé par son bon ami Clint. Par ailleurs, le choix d’un tel personnage pour héros n’est forcément pas sans rappeler un autre président noir, lui aussi détenteur d’un nobel de la paix : Barack Obama. Ou comment Invictus, oeuvre fédératrice, devient une nouvelle clé du cinéma de Clint Eastwood. Plus que jamais on pense à John Ford, qui lui aussi s’était penché sur les grands présidents (Vers sa destinée, Je n’ai pas tué Lincoln,…). S’il se veut populaire et fait même de cet effet son sujet, Eastwood démontre avant tout qu’il reste un auteur de son temps. Classique, certes, mais encore et toujours dans le bon sens du terme.

INVICTUS (USA, 2009) R. : Clint Eastwood, Sc. : Anthony Peckham d’après l’oeuvre de John Carlin ; Ph. : Tom Stern ; M. : Kyle Eastwood, Michael Stevens ; Int. : Morgan Freeman (Nelson Mandela), Matt Damon (Francois Pienaar), Tony Kgoroge (Jason Tshabalala), Patrick Mofokeng (Linga Moonsamy), Matt Stern (Hendrick Booyens), Julian Lewis Jones (Etienne Feyder), Marguerite Wheatley (Nerine). Couleurs, 133mn.

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2 commentaires sur “INVICTUS de Clint EASTWOOD (2010)”

  1. Bonsoir Vincent.
    Je n’ai pas vu le film mais j’espère le découvrir.Clint Eastwood était un très bon acteur,j’ai vu tous ses films.Tout était dans le regard,l’attitude.Maintenant qu’il est passé derrière la caméra,il réalise des films très profonds.J’apprécie beaucoup tout ce qu’il fait.Il a choisi un acteur de talent,Morgan Freeman,pour représenter Mendela.
    Eastwood est un homme entier qui touche du doigt les sujets les plus sensibles.
    Il vieillit bien.

  2. Merci pour ce commentaire harmonybis. Je suis tout à fait d’accord avec vous concernant Clint, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il vieillit bien ! En attendant je vous conseille vivement de voir « Invictus » car, comme pour la plupart des films d’Eastwood, il est des plus exaltants au sens où les sens sont systématiquement en éveil à mesure que l’histoire avance. Un vrai bonheur !


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