MOTHER de BONG Joon-ho (2010)

Par : Nicolas Kunc

Fév 6

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Catégorie: BONG Joon-Ho

5 Commentaires

Ouverture :f/3.5
Focale :70mm
ISO :100
Shutter:1/50 sec.
Appareil photo :Canon EOS-1Ds Mark III

Mother est le quatrième long métrage du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho. A première vue, sa carrière semble des plus éclectique. De Barking Dog, satire social et comédie noire, au film de monstre The Host, en passant par le polar Memories of murder, le réalisateur parvient néanmoins à imposer un style propre et à faire preuve d’une vraie linéarité dans les thèmes émergeants de chaque film. Si certains doutaient encore de la qualité d’auteur de Bong Joon-ho, Mother devrait faire taire avec force toute polémique à ce sujet.

Mother, c’est l’histoire d’un amour passionnel d’une mère pour son fils Do-Joon, loser confirmé et doux beta. Dévouée corps et âme à sa progéniture, la vieille femme va tout tenter lorsque celui-ci est accusé injustement du meurtre d’une lycéenne. Prouver l’innocence de son fils n’a alors pas de prix, même si c’est celui de sa propre intégrité. L’ombre de Memories of murder semble planait sur ce Mother. Bong Joon-ho parsème d’ailleurs quelques clins d’œil subtils à celui-ci. En fait, l’univers que dépeint l’auteur est sensiblement le même : un meurtre absurde dans un village de province où se heurte les classes sociales. La jeunesse désinvolte s’oppose aux patrons peu scrupuleux, le tout arbitré par une police inefficace et dépassée. Bong Joon-ho dresse un portrait assez pessimiste de la Corée rurale. Les premiers montrés du doigt sont souvent les rebuts, les doux dingues et les marginaux. Pourtant au final, si le réalisateur s’attarde avec autant de ferveur sur les codes d’une société ambivalente, c’est pour mieux se jouer des a priori. Comme dans Memories of murder, Mother nous entraine dans les méandres d’une enquête altérée par les convictions de chacun des personnages, dont le dédale de pistes fait écho au labyrinthe des rues de la ville.

Ainsi, Bong Joon-ho fait preuve d’une immense maitrise du scénario. Il propose une mise en scène détaillée qui intègre le moindre élément aux vastes thèmes du film. L’auteur compose ses plans avec autant de précision que d’originalité. L’environnement dans lequel évoluent les personnages revêt une importance considérable ; l’ambiance froide et pluvieuse de l’enquête cède ainsi à l’ensoleillement presque dérangeant de la conclusion du film. A l’atmosphère souvent sordide, Bong Joon-ho ajoute la candeur et la détermination naïve de son héroïne. En résulte une tonalité toute personnelle qui n’est pas sans rappeler celle de The host, aux composantes similaires. L’humour à la fois tendre et cynique montre d’ailleurs tout l’attachement que porte le cinéaste à des personnages hors-normes. Mais loin de mélanger grossièrement les genres, Mother distille chacun de ses aspects avec sens et intelligence. Prenant son ampleur au fil du récit, il semble difficile de parfaire cette analyse du film sans en révéler davantage sur le scénario intense de Bong Joon-ho, ce qui, convenons-en, relèverait du sacrilège. Il reste néanmoins à saluer la performance admirable des acteurs sud-coréens, pays qui semblent ne pas finir de nous dévoiler ses perles en la matière.

A la fois polar, satire et drame, Mother trouve son équilibre grâce au talent de son auteur. Bong Joon-ho nous livre un scénario aux multiples couches de lecture servit par une mise en scène élégante et précise. L’ambiance unique basée sur un savant mélange de tensions investigatrices et d’humour noire nous plonge dans un univers fascinant où la violence frontale masque en vérité une autre violence sous-jacente. A travers cette mère décontenancée, c’est tout le traumatisme d’une classe sociale dépréciée qui resurgit. Avec une certaine amoralité assumée, Bong Joon-ho nous montre les dérives d’un peuple ayant perdu toute confiance en leurs institutions. Cette réalité sordide dépeinte par l’auteur dénonce en filigrane les travers d’une société vacillante. Mother suit ainsi en tout point les préceptes posés par ces prédécesseurs. Il révèle, si ce n’était pas déjà fait, tout le génie créateur de Bong Joon-ho qui, par la force de son regard d’auteur et la maitrise rigoureuse de sa mise en scène, apparait plus que jamais comme le plus grand cinéaste coréen actuel.

MADEO (Corée du Sud, 2009) R. : Bong Joon-Ho ; Sc. : Park Eun-kyo, Bong Joon-Ho ; Ph. : Hong Kyung-Pyo ; M. : Lee Byeong-woo ; Int. : Kim Hye-Ja (La Mère), Won Bin (Do-joon), Jin Ku (L’ami de Do-Joon), Je Mun (Le Lieutenant). Couleurs, 128mn.

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5 commentaires sur “MOTHER de BONG Joon-ho (2010)”

  1. Est-ce que c’est lui qui a aussi collaboré au film « Tokyo! » ? En tout cas je le conseille bien 🙂

  2. Oui Dorota, c’est bien lui. Tu as raison de le conseiller d’ailleurs, même si à mon avis, le bijou de ce film-ci est le court-métrage central de Léos Carax sobrement intitulé « Merde » !

  3. Je m’attendais à cette remarque mais oui comme l’a déjà confirmé Vincent, il est aussi l’un des trois réalisateurs de Tokyo. Si je ne le cite pas dans ma critique, c’est que le projet reste un peu en marge des quatre œuvres de Bong Joon-Ho qui traitent toutes indirectement des classes sociales coréennes. Et contrairement à tous ses longs métrages, j’avoue ne pas avoir vu Tokyo, mais je vais bien entendu remédier à ça au plus vite. Merci en tout cas de ta question Dorata, qui nous permet de compléter dignement cet article. J’en profite pour signaler que le prochain projet du cinéaste sera un film fantastique post-apocalyptique adapté d’un BD française et s’intitulera « transperceneige ». On attend ça avec impatience!

  4. De rien de rien, je voulais juste en être certaine sans avoir recours à Wikipedia et en fait le court de Tokyo! est la seule œuvre que j’ai vue de Bong, on va y remédier!

  5. Le cinéma coréen est un OVNI et Bong Joon Ho le représente à merveille. Chacun de ses films est une surprise, aucun scénario n’est attendu ! Mother ne fait pas exception. Je suis fan !


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