IN THE AIR de Jason REITMAN (2010)

Depuis Juno qui révéla Ellen Page, Jason Reitman semble avoir pris du galon et gagné les faveurs d’Hollywood. Budget conséquent, scénario ambitieux et star en tête d’affiche, le moins que l’on puisse dire est qu’a bord d’In the Air, les passagers sont apparemment prestigieux. Mais lorsque l’on check en détail le moteur de l’avion, il apparait sans nul doute que l’appareil n’était pas vraiment prêt à décoller.

In the air nous raconte les pérégrinations de Ryan Bingham (George Clooney), agent spécialiste du licenciement, amoureux de son mode de vie nomade et collectionneurs de miles en avion. L’arrivée d’une jeune collaboratrice voulant modifier sérieusement les méthodes de travail de sa boite va venir mettre en péril toute sa philosophie si bien écrite et au-delà de cela la raison de son existence. Habituellement réfractaire à toutes formes d’engagements, Bingham va devoir peu à peu repenser sa vie, d’autant qu’il se découvre un nouveau sentiment envers sa maitresse d’escale : l’amour.

Ainsi, In the air se veut une satire cynique sur la crise économique et la remise en question de l’« american dream » dans toute sa splendeur. Le film fait aussi un crochet du coté de la comédie romantique et une escale sur le film indépendant intello aux mots d’esprits et dialogues bien sentis. Le problème est qu’on ne connait pas vraiment bien la destination de tout ça, car à force de multiplier les genres, In the air n’en possède finalement aucun. Les dialogues acerbes arrivent au mieux, à nous faire relever la commissure des lèvres mais il faut l’avouer, le film n’est pas vraiment drôle. Dans le registre comédie, seule s’en sortent ces passages références au Fabuleux destin d’Amélie Poulain, preuve que Reitman en bon intellectuel américain regarde des films français, mais preuve aussi que les meilleures idées du film sont des récup’. De même l’aspect romantique incarné par le mariage de la sœur du héros et par sa conquête occasionnelle, apparait d’autant plus impromptu qu’il amène un angle de réflexion totalement vain. Le road movie aéronautique de Reitman est entrecoupé de nombreuses scènes de licenciement constituant le véritable cœur du sujet. Mène-t-on la vie dont on rêve? Pourtant la nature même des héros et le cynisme qui plane en continu laisse un goût amer. Indécent dans le sujet et le ton, In the Air l’est aussi dans la forme. A l’instar de ses péripéties multiples, la mise en scène de Jason Reitman part dans tous les sens. On passe de plans géométriques et habillement composés dans les aéroports au caméscope de tonton sur la séquence du mariage. Dans ce nuage épais, on a bien du mal à déceler la marque d’auteur de son réalisateur.

Si In the air procure une sensation positive, c’est uniquement grâce à la présence de George Clooney qui, en bon copilote, sauve l’avion du crash. Le commandant de bord lui, a déjà pris son parachute. Il faut dire qu’au vu du panel de situations très différentes dans lesquelles Clooney se retrouve, il a largement de quoi montrer tout son talent. Sous couvert de sa tête d’affiche crevant l’écran, In the air masque ainsi ses aspects de film indépendant dans le plus mauvais sens du terme et se donne des genres, faute d’en avoir un. Contrairement à un rayonnant Little Miss Sunshine, les intentions de Jason Reitman sont sans cesse brouillées sous un intellectualisme outrancier accolé à une mise en scène sans aucun élan. Au mieux, on survole l’affaire avec indifférence en attendant l’arrêt complet de l’appareil.

On pense alors que le savoir-faire d’un Woody Allen ou des frères Coen n’est vraiment pas donné à tous. A l’heure où les nominations aux Oscars du meilleur réalisateur sont annoncées, on croise donc les doigts pour que Reitman ne vienne pas littéralement voler la statuette à quatre autres prétendants bien plus prestigieux (Tarantino, Bigelow, Cameron et Daniels). Les sujets politiques ont certes le vent en poupe à Hollywood, mais ici, il n’y a pas de quoi faire décoller un Boeing non plus. Alors disons simplement que sur le vol pour Los Angeles, pour une fois, le film diffusé n’était vraiment pas terrible…

UP IN THE AIR (USA, 2009) R. : Jason Reitman ; Sc. : Jason Reitman, Sheldon Turner  d’après l’oeuvre de Walter Kirn ; Ph. : Eric Steelberg ; M. : Rolfe Kent ; Int. : George Clooney (Ryan Bingham), Vera Farmiga (Alex Goran), Anna Kendrick (Natalie Keener), Jason Bateman (Craig Gregory). Couleurs, 109mn.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :