A SERIOUS MAN de Joel & Ethan COEN (2010)

Joel et Ethan Coen sont d’irrévocables marionnettistes, toujours à même de martyriser leurs personnages, aussi bons ou mauvais soient-ils. Après le mineur Burn after reading où moultes stars paradaient en costumes de crétins sordides, A Serious man vient remettre les choses à plat. Nulle célébrité au générique, et au programme : un homme à plaindre.

En apparence pourtant, Larry Gopnik a une vie tout ce qu’il y a de plus pépère. Nous sommes en 1967. Notre homme enseigne la physique dans une petite université du Midwest et vit dans un charmant pavillon de banlieue avec sa petite famille. Évidemment, les choses ne sont pas aussi simples que ce qu’elles semblent être. Son fils a des problèmes de discipline à l’école, sa fille le vole dans le but de passer sur une table d’opération pour se refaire le nez et sa femme en vient finalement à le quitter pour vivre avec son amant, le pompeux et dogmatique Sy Ableman. N’oublions pas le frère de Larry, Arthur, qui incapable de travailler, squatte en permanence le canapé familial. À la fac, des lettres anonymes compromettantes viennent remettre en question sa titularisation tandis qu’un étudiant coréen cherche à le soudoyer pour obtenir son diplôme. De plus en plus torturé, Larry se tourne vers la religion (le judaïsme en l’occurrence) pour trouver la solution à ses problèmes, et à ses heures perdus mate de son toit la voisine qui fait bronzette… complètement nue !

A Serious man est symptomatique du ton toujours plus acerbe des Coen, mêlé d’humour et de gravité. Le film a également une facture biographique (les deux compères ayant justement grandis dans ces lieux et cette atmosphère) et se révèle en cela tout à fait explicite quant à leur style, au point même qu’il pourrait être la clé de « l’art selon Joel et Ethan Coen ». En effet, toute une philosophie se dégage de cette histoire où Larry, malgré la multitude de décombres qui s’abat sur lui, tente de trouver une solution auprès de rabbins tous plus délurés les uns que les autres. Oui, notre héros veut rester, quoi qu’il arrive, « un homme sérieux ». Pourtant, il n’est rien de moins qu’une marionnette au service des réalisateurs parés pour l’occasion de leur toge de Dieu tout-puissant. Cyniques au possible, ils s’amusent du malheur de leur petit parvenu et de son obstination à rester dans le droit chemin. La mise en scène en atteste, décalée tout en restant élégante, basée sur le rythme du titre de Jefferson Airplane « Somebody to love ».

Néanmoins, malgré l’aspect dérisoire qui persiste, les frontières de la sagesse restent sacrées, et donc à ne pas dépasser. À deux reprises, des situations de cause à effet sont illustrées par de savants montages parallèles. Les châtiments des Dieux-Coen ne se font pas attendre : au moindre écart de conduite, ils font tomber le couperet. Larry Gopnik est au bout du rouleau, pourtant, aucun faux pas ne lui sera toléré (la scène finale est en cela particulièrement ahurissante). Sadiques, les Coen le sont ! La savante complexité du scénario témoigne du machiavélisme de leur projet. Larry est dans l’impasse : il est à plaindre, mais les autres le sont en apparence plus que lui ; par conséquent, il lui est interdit de se lamenter. Moultes personnages échangent les rôles pour mieux briser toute logique de comportement : qu’il en soit d’Arthur, le frère pervers qui rappelle sans arrêt à Larry la « chance » qu’il a, à Sy Ableman, l’amant de sa femme, sentencieux à en vomir, et qui ne peut s’empêcher d’enlacer notre héros dès qu’il en a l’occasion.

A Serious man est à ranger parmi les plus brillantes réussites des Coen. Barton Fink, Fargo ou encore No Country for old men témoignaient déjà d’une logique de cinéma qui n’appartenaient qu’à eux. Leur dernière œuvre en date est jubilatoire en tous points, dans le détail (costumes, visages, mise en place des gags), comme dans la globalité. Le film s’en tient à sa ligne droite : l’incision du carcan juif américain et de ses préceptes. Ou comment remanier les doctrines pour en faire des pièges. Un nouveau sommet est atteint pour deux auteurs qui, contrairement à leurs personnages, n’ont d’autre but que de dépasser les limites du correct !

A SERIOUS MAN (USA, UK, Fr., 2009) R. & Sc. :  Joel Coen, Ethan Coen ; Ph. : Roger Deakins ; M. : Carter Burwell ; Int. : Michael Stuhlbarg (Larry Gopnik), Richard Kind (Arthur Gopnik), Fred Melamed (Sy Ableman), Sari Lennick (Judith Gopnik), Aaron Wolff (Danny Gopnik), Jessica McManus (Sarah Gopnik), Peter Breitmayer (Mr. Brandt), Brent Braunschweig (Mitch Brandt), David Kang (Clive Park). Couleurs, 106mn.

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2 commentaires sur “A SERIOUS MAN de Joel & Ethan COEN (2010)”

  1. J’ai beaucoup aimé aussi. Les situations et les dialogues sont à la fois improbables et crédibles, servis par des personnages qui nous font ressentir des émotions contradictoires. Et un casting de rêve lol Vive Sy qui est devenu pour moi un modèle, il a trop la classe quand il conduit.

  2. M’étonne pas que t’aies accroché au personnage de Sy ! Tout à fait ton genre… et aussi le mien par la même occasion ! Pourri à souhait !


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