LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE de Ron CLEMENTS & John MUSKER (2010)

La sortie de La Princesse et la grenouille a suscité beaucoup de réactions, positives comme négatives. Le fait est qu’il est difficile aujourd’hui de juger de la bonne qualité d’un film sorti des usines Disney. En effet, nous ne sommes plus au temps de l’oncle Walt qui, de son vivant s’est toujours appliqué à parfaire ses longs métrages d’animation. Il y a trois ans de cela, histoire de rabattre le caquet de quelques mauvaises langues isolées, le Grand Palais de Paris s’est chargé de redorer le blason du bonhomme : l’exposition « Il était une fois Walt Disney » levait le voile sur le jardin secret d’un génie, grand industriel certes, mais également pourvoyeur d’art avec un grand A. Recherches esthétiques, innovations graphiques, sources littéraires : force est de constater que chaque dessin animé prétendait à la perfection. Si comme tout studio hollywoodien, Disney a connu quelques échecs artistiques ou publics, ils se sont vite vus oubliés au profit des grandes œuvres qui ont participées à la gloire de son nom. De Blanche-Neige et les sept nains au Livre de la Jungle, en passant par Bambi ou La Belle au bois dormant, les studios Disney regorgent de nombreuses perles, fédératrices dans la toute grande histoire du cinéma.

En 1966, Walt Disney tire sa révérence. Il laisse derrière lui un empire florissant, bâti essentiellement sur l’exploitation des produits dérivés de ses films. La dégringolade ne se fait pas attendre : très vite, le soin apporté jadis à la qualité artistique des productions disparait. Le studio perd peu à peu son image de marque, touchant le fond dans les années 80 avec des films qui peinent à trouver leur public (Rox et Rouky, Taram et le chaudron magique, Oliver & cie).

Puis vinrent les années 90 et avec elles l’ère de la renaissance. Réexploitant la franchise « princesses » qui leur avait donné leurs premières heures de gloire avec Blanche-neige ou Cendrillon, les studios proposent trois déclinaisons de mondes enchantés avec La Petite sirène, La Belle et la bête puis Aladdin. Le succès ne se fait pas attendre et confère à la création Disney un nouveau souffle auquel participera également le succès du Roi Lion. Depuis lors, et ce malgré quelques surprises inattendues (Tarzan, Lilo & Stitch), les studios se sont à nouveau endormis sur leurs lauriers.

Les bonnes productions Disney se font rares dans les années 2000, permettant aux studios Pixar de s’imposer, et ce jusqu’à leur chiper un certain monopole de qualité en matière d’animation. Depuis lors, les deux studios travaillent main dans la main, Pixar faisant partie intégrante de l’empire Disney. Un nouvel artiste a pris les choses en main comme personne ne semblait l’avoir fait depuis la mort du grand Walt. Son nom : John Lasseter. Après que les studios se soient lancés à corps perdu dans l’animation 3D avec des productions très discutables (Chicken Little, Volt), notre homme prend le parti de revenir à la bonne vieille 2D et aux efficientes recettes de narration qui vont avec.

Dès lors, le film qui marquera le retour des studios à la « qualité » sera un film de princesse « à la traditionnelle ». Ne l’oublions pas, l’empire Disney doit essentiellement sa prospérité à un effet de nostalgie. Par conséquent, il lui est vital de renouveler son public, de façon à impliquer toutes les générations. Constituant un patrimoine intemporel, ces dessins animés accompagnent généralement les jeunes enfants dans leurs premiers pas de spectateurs de cinéma. Les instigateurs, leurs parents, souhaitent ainsi leur communiquer la même joie qu’ils ont éprouvé devant ces mêmes films dans leur propre jeunesse. Finalement, tout n’est donc qu’histoire de transmission.

Pour autant, un regard d’adulte démis de toute illusion naïve sera aisément à même d’identifier les ingrédients propice à un Disney dit « efficace ». Les gens tels que moi, qui n’avaient pas encore atteints leurs dix ans lors des sorties en salle de La Belle et la bête ou du Roi Lion, se trouveront à coup sûr quelque peu déçus par La Princesse et la grenouille. La raison est toute simple : ils ne trouveront pas devant ce film la même magie qu’ils connurent devant les films Disney de leur propre génération.

Et pourtant, la recette est toujours la même. À commencer par les bases d’une histoire qui prône, cela va sans dire, nombre de bons sentiments. Tiana, serveuse de profession, travaille jour et nuit afin de pouvoir acheter le restaurant de ses rêves. Aveuglée par sa tâche, elle se refuse toute distraction, jusqu’au jour où elle se voit malencontreusement transformée en grenouille. Affublée d’un prince vaniteux également métamorphosé en batracien, elle traverse la Nouvelle Orléans à la recherche d’une solution et tente de déjouer au passage les mauvais tours du Dr Facilier, un sorcier vaudou à l’origine de leur malédiction.

Comme pour tout film de genre, le dessin animé recèle d’un sous-texte. À croire que les studios aient des prédispositions en matière de divination. Ainsi, La Princesse et la grenouille s’avère dans son sujet particulièrement actuel. Tiana, est une héroïne noire obsédée par le travail et l’argent. Transfert d’une Amérique en pleine ère Obama, fustigée par une violente crise économique. Mais aussi contextuel soit-il, rassurez-vous, c’est ailleurs que le film trouve ses galons.

Présentons donc à La Princesse et la grenouille les compliments qu’il mérite en matière de propositions visuelles. La mise en scène est soignée, souvent même élégante et stylisée, en particulier lors de scènes chantées tout à fait réjouissantes (Almost there, Friends on the other side, Dig a little deeper). La Nouvelle Orléans devient un univers de conte de fées, exploitée pour la bonne cause dans ses moindres poncifs. Quant à la musique, elle colle parfaitement à l’esprit des lieux, mélange festif de jazz et de country à la sauce « comédie musicale » (VO impérative).

Notons également le beau travail des animateurs sur la conception des personnages, principaux comme secondaires. Tiana est une femme moderne,  indépendante, sexy et noire qui-plus-est ! Les studios laissent ainsi sur le bas côté, le prototype de la « femme blonde soumise » qu’ils ont maintes et maintes fois exploité. Le prince, à l’inverse bien plus bête, sera celui qui profitera au mieux d’une évolution lors d’un parcours initiatique musclé. Le méchant apporte également son lot de réjouissance : dans la lignée directe d’un Jafar, son univers vaudou s’avère aussi captivant qu’effrayant. Reste à évoquer les personnages secondaires, de Ray à Mama Odie en passant par Louie, le croco jazzy, tous disposent d’une personnalité bien définie imprégnée de folie douce. Encore une fois nous retrouvons les recettes des studios, conscients que la qualité du film repose également sur le potentiel sympathie des personnages secondaires.

Résignons nous, depuis la mort de Walt, plus jamais un Disney n’a pu prétendre à une quelconque « révolution » en matière d’animation. Il en va ainsi de la ligne éditoriale des studios, aptes tout au plus à perpétrer un cinéma efficace, jovial et dynamique. La Princesse et la grenouille affirme avec panache que la « qualité Disney » n’est pas morte et enterrée, c’est déjà ça. Avouons-le, il est difficile de ne pas s’en réjouir.

THE PRINCESS AND THE FROG (USA, 2009) R. : Ron Clements, John Musker ; Sc. : R. Clements, J. Musker, Rob Edwards d’après l’oeuvre d’Ed Baker ; M. : Randy Newman ; Voix. : Anika Noni Rose (Tiana), Bruno Campos (Prince Naveen), Keith David (Dr. Facilier), Michael-Leon Wooley (Louis), Jennifer Cody (Charlotte), Jim Cummings (Ray), Peter Bartlett (Lawrence), Jenifer Lewis (Mama Odie), Oprah Winfrey (Eudora), Terrence Howard (James), John Goodman (« Big Daddy » La Bouff). Couleurs, 97mn.

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5 commentaires sur “LA PRINCESSE ET LA GRENOUILLE de Ron CLEMENTS & John MUSKER (2010)”

  1. Lol ! Très intéressant ! Tu es incontestablement le mieux placé pour parler d’un disney.

  2. Quel pro ce Vincent !
    Tu es le meilleur, je pense que tu as vu tous les Disney ?…

  3. Non, il n’a pas vu La princesse et la grenouille…

  4. Nicolas, avec tes commentaires idiots tu vas finir par faire fuir les gens… (ici mais également sur fbk d’ailleurs)

  5. En effet, quel pro !
    Grande fan des productions Disney, je suis entièrement d’accord avec toi pour ce film.
    Personnellement, j’ai adoré l’histoire et les divers personnages. J’ai beaucoup ri. Le méchant est un vrai méchant comme on les aime.
    Mais je trouve que ce Disney est un peu plus pour les adultes que ne l’étaient les précédents. Je n’ai pas retrouvé la magie que l’on retrouve toujours en regardant par exemple la Belle et la Bête.
    Mais bon, il n’empêche que le film est très bien réussi que je pense que d’ici quelques années on pourra chanter ces chansons presque aussi facilement que « sous l’Océan » ou « Siffler en travaillant » !


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