LOVELY BONES de Peter JACKSON (2010)

Après quelques charges épiques de cavaliers et un gorille géant, Peter Jackson signe un retour à un cinéma plus sobre et intimiste, notion toute relative pour ce cinéaste qui nous avait plutôt habitués ces dernières années, à la démesure. D’une ambition plus modeste, ce drame aux allures de conte n’en dévoile pas moins tout le talent du réalisateur du Seigneur des anneaux et de King Kong. Car si Peter Jackson a su marquer d’un style propre ses œuvres, elles témoignent également d’une inspiration classique que l’auteur sait habilement remettre au goût du jour. Sans crier au chef d’œuvre, Lovely Bones porte en lui l’ombre des grands. Mise en scène à la Fritz Lang, suspense hitchcockien, fantaisie de Terry Gilliam et spectacle selon Spielberg, le savoir-faire de Peter Jackson suscite forcément l’admiration et suffit amplement à nous accommoder des quelques défauts du film.

L’histoire est celle de Suzie Salmon, jeune fille de 14 ans, rayonnante, passionnée et amoureuse jusqu’au soir où un de ses voisins la prive de tous ses rêves en l’assassinant sauvagement. Errant entre la Terre et l’au-dela, elle observe alors avec compassion et colère, le deuil impossible de sa famille et l’enquête difficile menant à son meurtrier. Peter Jackson, par l’intermédiaire de son héroïne narratrice, entraine son spectateur dans les fondements d’un drame inacceptable. Quoi de pire pour un couple que de perdre leur enfant, qui plus est lorsque justice n’est pas faite ? Jackson abandonne une violence physique et irrévérencieuse très présente en ses débuts de carrière pour une violence psychologique rappelant celle de son moins populaire, mais très réussi Créatures célestes (1996). Scènes fatidiques soigneusement évitées et connivence du spectateur avec le personnage principal, seul détenteur d’une vérité dissimulée et insoutenable, le cinéaste amplifie le sentiment d’impuissance face à la cruauté et la gratuité du drame. Le film s’axe alors sur un point de vue omniscient en adéquation avec son sujet. Malgré la sensation d’évoluer en terrain connu au long des scènes, le scénario laisse place à un véritable suspense et s’écarte au final de bien des conventions. De là à faire l’analogie avec un célèbre cinéaste anglais passé maitre en cet art, il n’y a qu’un pas. Mais dés lors, l’enjeu réel de Lovely Bones semble au delà d’une simple énigme policière. Il s’agit d’apprécier, d’accepter plus de comprendre ou d’expliquer. Comme un coup de fouet donné au spectateur, la haine de l’adolescente se transforme peu à peu en une contemplation sereine, un regard apaisé sur son univers passé. Comme si la rancœur s’ouvrait vers la compassion.

Peter Jackson livre ainsi une vision du cinéma où les sentiments dominent sur l’intrigue. C’est surement en ce point que Lovely Bones peut s’avérer critiquable. S’appuyant sur les principes et l’imagerie d’une Amérique puritaine, le récit fleure la naïveté. Pour autant, il serait dommage de s’attarder sur les facilités qu’adopte Jackson et de ne pas s’abandonner à sa mise en scène captivante et très fluide. Supporté par un casting incroyable, le réalisateur ne bataille pas seul et prouve par là même toute la précision de sa direction d’acteur. De Mark Wahlberg/Rachel Weisz en parents endeuillés à Stanley Tucci en voisin psychopathe et tueur détestable, en passant par la folle interprétation de Susan Sarandon, véritable brise de légèreté dans cette atmosphère pesante, l’attention portée à chacun des rôles semble parfaite. La palme revient à Saoirse Ronan, angélique et radieuse, qui porte sur son simple visage toute la dramaturgie du film.

Nulle raison donc de bouder son plaisir devant cette fable merveilleuse et tragique de Peter Jackson. La nostalgie de l’ange, le titre de l’œuvre littéraire dont est issu le film, résume parfaitement l’état dans lequel nous plonge ce récit. A la fois tortionnaire et touchant, Lovely Bones nous transporte avec force dans l’univers de cet auteur à la passion communicative. Sans toucher les cimes du cinéma, il n’en demeure pas moins une composition bouleversante, imaginative et inspirée.  Et si l’œuvre n’est pas elle-même considérée comme majeure, elle vient néanmoins composer dignement la carrière d’un réalisateur qui assurément ne laisse plus de doute sur sa valeur.

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2 commentaires sur “LOVELY BONES de Peter JACKSON (2010)”

  1. Super ça donne envie de le voir.
    Belle conclusion.

  2. Quel article captivant ! Alors là, bravo Nicolas ! Je dois dire que tu me l’as bien vendu ! Rendez-vous est pris : maintenant que je suis intriguée, il faudra me montrer ça dès que possible ! Bisous.


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