LE GUERRIER SILENCIEUX de Nicolas WINDING REFN (2010)

Avant toute chose, commençons par un petit mea culpa sur l’état actuel du blog. En effet, comme l’auront remarqué nos plus fidèles lecteurs, le mois de mars ne fut pas très riche de nos critiques. Vous avez donc eu tout le loisir de profiter de cette vision bucolique d’un Ewan McGregor et d’un Jim Carrey au bord du baiser, jusqu’à sans doute l’overdose pour les plus assidus d’entre vous. Non pas que nous ayons changé radicalement de passion, ni qu’aucun film n’est retenu notre attention sur la période, disons simplement que votre duo rédactionnel préféré (enfin on espère !) s’est octroyé une petite pause un peu forcée. Pourtant, pendant que mon collègue alimentait de son regard notre petit écran et que je m’adonnais pour ma part à une autre forme d’écriture, de biens belles œuvres sortaient dans nos salles sur un rythme soutenu. Et ces quelques films incontournables n’ont bien évidemment pas échappé à notre attention. Ainsi nous reviendrons au fur et à mesure sur un mois essentiel pour cette année cinématographique. Un Scorsese et un Polanski tous les deux majeurs, ça ne se délaisse pas. Sans compter le petit nouveau de Tim Burton sur lequel éclats d’images n’est certainement pas en phase d’alimenter la polémique de discrédit, bien au contraire. En attendant, première séance de rattrapage avec cet ovni danois qu’est le guerrier silencieux.

Esclave d’un chef de clan viking, One-eye ne vit qu’à travers les combats à mort que lui impose son propriétaire. Aguerri et insensible, il en ressort systématiquement victorieux. Seul un enfant, Are, ose s’en approcher pour le nourrir et semble entendre au-delà du mutisme du guerrier. One-eye attend patiemment une erreur de ses geôliers. Après avoir massacré le clan, il s’enfuit avec l’enfant et rejoint une bande de pillard partant en croisade au Moyen-Orient. Mais en sortant de l’épais brouillard qui couvrait la traversée, la terre promise n’est pas tout à fait celle espérée.

Quoi de mieux que cette histoire de guerrier viking empli de sauvagerie comme prétexte à Nicolas Winding Refn, le réalisateur de la trilogie Pusher et de Bronson, pour nous dévoiler une nouvelle fois son goût prononcé pour la violence. One-eye,  son personnage principal, borgne et muet, froid et impassible, s’exprime uniquement par le maniement de sa hache. L’auteur s’efforce néanmoins d’insuffler un semblant d’humanité au guerrier implacable à travers sa relation avec l’enfant qu’il protège avec ferveur. La rédemption, voilà bien ce dont traite le guerrier silencieux. Et ne pas voir au-delà de l’esthétisme excessivement violent de ce film résumerait à l’enfermer dans un carcan bien injuste.

En bon film danois qui se respecte, le guerrier silencieux n’échappe pas à l’influence des cinéastes du dogme, contemporains de Winding Refn. Ainsi, nombreux motifs et  préceptes imposés par Lars Von Trier et autre Thomas Vinterberg imprègnent l’œuvre de l’auteur. Récit chapitré, caméra portée, décors naturels, montage frivole et mise en scène radicale apportent une atmosphère indéniable, un ton brutal et une narration sans compromis. Winding Refn dépeint un monde brutal et déclinant porté par le souffle de la mythologie nordique. Dépaysant, le guerrier silencieux l’est en tout point de vue, jusqu’à atteindre la limite de l’expérimental.

Mais au-delà du dogme, les velléités de Winding Refn nous entrainent tout droit vers Tarkovski. Nature imposante, recherche de spiritualité, aliénation exalté, les thèmes de Stalker viennent alimenter ce récit envoutant. Le réalisateur s’engouffre effrontément dans une mise en scène contemplative qui évoque les choses plus qu’elle ne les montre. La violence renforce cette ambiance fiévreuse, lourde et parfois outrancière, appuyée pas une bande son hallucinogène et ultra-présente. Les multiples références bibliques auréolent le film d’une aura mystique franchissant même les barrières du rationnel lorsque l’enfant se fait la voix du guerrier perçu alors comme un véritable prophète.  Le symbolisme constant est néanmoins servi par une émotion visuelle saisissante.

Nicolas Winding Refn nous met donc face à un spectacle déroutant, empirique et fascinant. Et si l’œuvre s’inscrit sans conteste dans plusieurs courants formels qui lui retirent tout caractère visionnaire, elle n’en est pas moins brillante. Exposant consciencieusement tout le talent de son auteur, Le guerrier silencieux – Valhalla Rising propose une expérience immersive unique ; de l’ésotérisme cinématographique dans toute sa splendeur.

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3 commentaires sur “LE GUERRIER SILENCIEUX de Nicolas WINDING REFN (2010)”

  1. Je ne suis pas trop amatrice de films plutôt contemplatifs. Il n’empêche que là encore, tu me le vends bien. Bravo pour ce bel article !

  2. Bonsoir, comme j’aime ce que réalise cet auteur, j’ai vu ce film avec curiosité. Je ne regrette pas cette expérience visuelle et sensorielle (voir mon billet du 25/03/10). C’est dommage que ce cinéma ne rencontre pas plus de succès. Bonne soirée.

  3. C’est à la fois dommage et compréhensible. Un tel film n’étant pas des plus accessible, de part sa nature et sa violence, il n’attire pas les spectateurs en masse dans les salles. Dommage certes, mais louons déjà le fait que ce film arrive dans nos cinémas ce qui n’est pas le cas pour tous. Finalement « Le guerrier silencieux » ne subit pas un traitement si différent de la plupart des films dit auteuristes.


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