MY NAME IS KHAN de Karan JOHAR (2010)

« Prononcez RRRRhan » comme le répète inlassablement le personnage de Rizwan Khan interprété brillamment par la star du cinéma indien Shah Rukh Khan (toute ressemblance entre les deux noms n’est pas purement fortuite…).

Rares sont les films indiens à arriver dans nos régions, et encore plus rares sont ceux qui n’atterrissent pas directement dans les bacs à DVD et bénéficient d’une sortie sur grand écran. La faute en revient à un format souvent inadapté (les films font en général plus de 3h00) mais aussi au choc culturel que ce cinéma peut provoquer. My Name is Khan aura finalement eu sa chance grâce à sa durée de court métrage façon indienne (2h45) et à son action située aux Etats-Unis, décor sans doute moins dépaysant. A moins que le succès de La famille indienne (Kabhi kushi Khabie Gham) ait apporté un certain crédit à son réalisateur Karan Johar. Mais peu importe les raisons, My Name is Khan est dans nos salles et coupons court au suspense, c’est pour notre plus grand bonheur.

Qu’on ne s’y trompe pas, My Name is Khan est un vrai film indien. Certes on ne peut pas le classer dans les comédies musicales, mais la mise en scène de Karan Johar s’appuie constamment sur une musique omniprésente. Les envolées du réalisateur, qu’elles soient sur le ton de la comédie ou du drame, apportent un vent de fraicheur sur les codes habituels du cinéma. Mais si avec une certaine naïveté Johar bouscule nos convictions les plus profondes, l’émotion reste entière. Grâce à son rythme incroyable, sa superbe image et quelques beaux moments de cinéma, My Name is Khan nous attrape dès les premières minutes pour ne plus nous lâcher.

Il faut dire également que le scénario est loin d’être à la traine. Riche et plus complexe qu’il n’y parait, il oscille habilement entre les rires et les larmes avec un certain extrémisme. Rizwan Khan, génie autiste souffrant du syndrome d’Asperger, vit en Inde avec sa mère adoptive. A la mort de celle-ci, il part rejoindre son frère à San Francisco. Il rencontre alors Mandira, jeune coiffeuse hindouiste. De confession musulmane, Rizwan se marie avec elle contre toutes les conventions. Puis le 11 septembre bouleverse l’Amérique et les musulmans quels qu’ils soient sont montrés du doigt. À la suite d’un drame qui affecte le couple, Rizwan décide de parcourir les Etats-Unis dans le seul but de rencontrer le président et lui dire qu’il n’est pas un terroriste. Le sujet est on ne peut plus sensible. Pourtant à l’exercice du choc des cultures, Karan Johar s’en sort admirablement bien. Il nous propose une vaste et ambitieuse peinture des minorités, des modes de vie et des rapports conflictuels entre les religions, jusqu’à dénonciation des préjugés et de l’extrémisme. Malgré un goût certain pour l’emphase qui aurait pu décrédibiliser le propos, le regard que porte Karan Johar sur l’Amérique apparaît finalement comme très juste et inspiré. On assiste alors à un vrai mélodrame aux allures de Forrest Gump, dont le discours de fond et la complexité font écho aux grandes œuvres de Douglas Sirk. Mais en dehors de tout classicisme, My Name is Khan innove sur son mode de narration. Entre déstructure chronologique et mélange des genres, le moindre élément de l’histoire n’est jamais superflu.

My Name is Khan a tout d’une belle et grande surprise de l’année. Supporté par les stars indiennes Shah Rukh Khan et Kajol, le spectacle est à la hauteur des ambitions de son auteur. Certes il serait à la fois facile et évident de critiquer la vision manichéenne et la surenchère de Karan Johar, mais pour cela, il faudrait s’aveugler sur l’efficacité indéniable de cette œuvre. Nous, sur éclats d’image, on a décidé de ne pas bouder notre plaisir !

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3 commentaires sur “MY NAME IS KHAN de Karan JOHAR (2010)”

  1. Bonjour,
    Très heureux du retour à l’écran d’un couple mythique (on raconte que l’époux de Kajol ne voulait plus qu’elle tourne avec son amoureux de cinéma), d’un de mes acteurs et d’une de mes actrices de chevet, Shah Rukh et Kajol. Content aussi qu’on en parle.
    Très impatient de découvrir ce film.

  2. Nous sommes en effet très fiers avec mon collègue Vincent de pouvoir défendre cet autre cinéma. On a remarqué le peu d’enthousiasme général de la critique qui semble éprouver des difficultés à aborder un tel film et par conséquent, le fait avec frilosité. Pour notre part, nous avons aucune honte à avoir aimé My Name is Khan et encore moins à le faire savoir. En tout cas merci pour ton commentaire qui nous conforte dans nos convictions et nous fait donc le plus grand plaisir.

  3. Film très poignant. Le couple Kajol/Shah Rukh n’a pas pris une ride. Une nouvelle grande performance de Khan, après avoir joué cupidon dans New York Masala, il joue à merveille un autiste réparateur de coeurs et de consciences. Et Kajol est toujours aussi irresistible et touchante.


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